Trente ans plus tard, les guérilleros sont devenus des politiciens qui préfèrent discuter à la table des négociations, sans être parvenus pour autant à réaliser l’objectif d’un Etat souverain.
Comme la plupart des dirigeants de l’OLP, Yasser Abed Rabbo fut un chef des «feddayin», les combattants palestiniens. Aujourd’hui, il est ministre de l’Information de l’Autorité palestinienne et membre de l’équipe de négociation avec Israël.
Pendant la guerre de 1967, il était étudiant à l’université du Caire, au moment où le président égyptien Gamal Abdel Nasser faisait vibrer le monde arabe avec son idéal de panarabisme.
«Nous pensions que Nasser réaliserait notre rêve de libération de la Palestine. Après la défaite de 1967, notre foi ne sera plus jamais la même», a expliqué M. Abed Rabbo à l’AFP.
Au lieu de «libérer» la Palestine, la guerre des Six jours se solde en effet par la conquête israélienne de l’ensemble de la Palestine historique. Alors membre du Front populaire de libération de la Palestine, M. Abed Rabbo se rend à Damas, après la guerre, pour se consacrer à la «lutte armée».
«Nous pensions que l’occupation des territoires allait se retourner contre Israël avec un soulèvement populaire», dit-il. Mais les services israéliens ont mis en échec la plupart des tentatives de l’OLP d’infiltrer des armes et des combattants en Cisjordanie et à Gaza. Seules de petites cellules de «résistance» ont pu être formées dans les villes palestiniennes alors que le gros des forces de l’OLP restait en Jordanie.
La voie
pragmatique
Les combats de «Septembre Noir» entre les forces jordaniennes et les troupes de l’OLP en 1973 se sont soldées par l’éviction de cette dernière de Jordanie. «C’était un coup porté au nationalisme palestinien naissant», souligne M. Abed Rabbo. «Ce fut une raison qui nous a poussés à commencer à abandonner le romantisme révolutionnaire pour devenir plus pragmatiques».
«C’est après Septembre Noir que l’idée se fit jour d’un Etat palestinien uniquement limité à la Cisjordanie et la bande de Gaza», observe-t-il.
Pendant les années 70, l’OLP continue les opérations armées depuis sa nouvelle base au Liban mais le traité de paix égypto-israélien de 1979 puis l’invasion israélienne du Liban en 1982, qui la contraint à s’exiler à Tunis, obligent à une sérieuse remise en cause.
«Pour la première fois, l’OLP est devenue un mouvement politique avec un programme à appliquer», souligne M. Abed Rabbo.
L’éruption de l’Intifada dans les territoires occupés en 1987 pose un défi à la direction en exil de l’OLP, menacée de marginalisation, tandis qu’elle accroît la pression sur Israël pour régler le «problème palestinien».
Après sept années de soulèvement dans les territoires, puis la crise du Golfe de 1990-91, où l’OLP se place plutôt du côté de l’Irak, vaincu par les forces coalisées, la centrale palestinienne n’a plus guère le choix que d’entrer dans le processus de paix sous égide américaine.
La signature des accords d’Oslo en 1993, 1994 et 1995, et l’installation de l’Autorité palestinienne de Yasser Arafat dans les zones «libérées», constituent à ce jour le principal résultat de la voie pragmatique de l’OLP.
Mais l’arrivée du premier ministre Benjamin Netanyahu au pouvoir en Israël, en 1996, a aussi soumis le pragmatisme de l’OLP à «son test le plus dur» en ralentissant le processus de paix, souligne M. Abed Rabbo. Confrontée à la tentation croissante des éléments radicaux de revenir à la lutte armée, la direction palestinienne doit désormais faire la preuve que son choix était le bon.


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