Dans tous les autres cas, il maintiendra ses candidats au second tour dimanche prochain, ce qui pourrait faire chuter la majorité de droite sortante.
Arbitres entre les deux grands camps de gauche et de droite, les «lepénistes» seront présents au second tour dans 133 circonscriptions (contre 100 en 1993): 55 duels avec la gauche ou la droite, et au maximum 78 «triangulaires» gauche-droite-FN (contre 14 en 1993), les candidats ayant jusqu’à mardi minuit pour d’éventuels désistements.
La quasi-totalité de ces triangulaires concerne des sortants de droite. Elles pourraient coûter entre 40 et 50 sièges à la majorité sortante et seront déterminantes pour le résultat final de ces législatives.
M. Le Pen a indiqué qu’il donnerait une consigne «claire» jeudi soir seulement, lors d’un grand meeting à Paris.
Pour faire encore monter la pression, il a demandé à tous les candidats encore en lice de se prononcer sur deux thèmes qui lui tiennent particulièrement à cœur: le principe de la «préférence nationale» dans tous les domaines, et le refus de «dissoudre la France dans l’Europe de Maastricht».
Position charnière
Dans une circonscription des Alpes, le FN local a cependant déjà appelé à voter contre le candidat de la majorité présidentielle, le député RPR (gaulliste) sortant Michel Hannoun, «auteur d’un rapport scandaleux sur l’immigration». Et à Paris, il a exhorté les électeurs à faire battre le maire gaulliste Jean Tiberi, marqué par les «affaires», et le ministre de la Justice Jacques Toubon.
Avec 14,94% des suffrages exprimés, le FN est devenu dimanche dernier la troisième force politique du pays, consolidant notamment ses positions dans toute sa partie est. Loin derrière le Parti socialiste (23,53%), il talonne désormais le RPR (15,7%) du président Jacques Chirac, et devance pour la première fois la coalition de centre-droit UDF (14,22%), partenaire du RPR au sein de la majorité sortante.
A l’exception de quelques «primaires», RPR et UDF avaient toutefois passé un accord pour ne pas présenter de candidats l’un contre l’autre.
Signe de son enracinement dans le paysage politique français, le FN retrouve pratiquement le niveau atteint par Jean-Marie Le Pen à la présidentielle de 1995 (15%).
Il se trouve en tout état de cause «en position charnière» pour le résultat final, selon l’expression de son numéro 2, Bruno Mégret.
Mais isolé sur la scène politique, et en raison du scrutin uninominal majoritaire, la plupart des instituts de sondages le créditent au mieux de deux sièges de députés, sur un total de 577.
Aux législatives de 1993, le FN avait obtenu 12,41% des voix, loin derrière le RPR (20,39%), l’UDF (19,08%) et le PS (17,58%). Il devance en revanche nettement le Parti communiste (9,94% contre 9,18% en 1993).
Le mouvement fondé par M. Le Pen, qui a pris son essor dans les années 80, développe un discours «anti-establishment» et très hostile à l’immigration, à relents racistes et antisémites. Il est aujourd’hui le Parti d’extrême-droite le plus fort d’Europe, si l’on excepte le FPOe de Joerg Haider en Autriche.
Il contrôle quatre grandes municipalités, toutes situées dans le sud-est de la France.
Le premier ministre sortant Alain Juppé a indiqué mardi que le RPR et l’UDF maintiendraient leurs candidats au second tour «partout où ils le pourront, sauf exception rarissime». Questionné sur leur attitude vis-à-vis du FN, il a ajouté qu’«en fonction des valeurs républicaines, humanistes et patriotiques, chaque électeur s’exprimera en son âme et conscience».
Interrogée sur l’attitude du PS, l’ancien ministre socialiste Martine Aubry a indiqué pour sa part que «si nous ne sommes pas en position de gagner et si notre maintien peut laisser craindre la victoire du Front national, nous leur demanderons de se retirer».


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