La plupart des industriels regrettent que la crise des négociations israélo-arabes, depuis l’élection de M. Netanyahu le 29 mai 1996, se solde par un ralentissement des investissements étrangers et un coup d’arrêt à l’intégration économique d’Israël dans le Moyen-Orient.
Patron de Koor, le plus important groupe industriel du pays, M. Benny Gaon déplore ainsi que «c’est l’économie qui paye les pots cassés à chaque Har Homa», nom du nouveau quartier juif mis en chantier le 18 mars à Jérusalem-Est.
M. Gaon a récemment annoncé qu’il allait délocaliser d’ici l’an 2.000 la moitié des activités de son groupe, en Amérique du Nord et du Sud notamment, afin de ne plus «dépendre de soubresauts politiques moyen-orientaux».
La plupart des indicateurs donnent des signes évidents de faiblesse. La croissance du Produit national brut (PNB), qui avait dépassé les 5% ces dernières années, a reculé de moitié au premier trimestre 1997.
Le chômage redresse la tête en touchant 7,5% de la population active au premier trimestre, contre 6,6% pendant la même période de 1996. Le gouvernement n’est toujours pas parvenu à ramener durablement l’inflation sous la barre des 10% en rythme annuel, ce qui a amené la Banque d’Israël à poursuivre une politique de très hauts taux d’intérêt, qui freine la croissance et les investissements.
Un des principaux importateurs de voitures, M. Mikhaël Lévy, souligne que les hommes d’affaires étrangers ont «tendance à fuir leurs collègues israéliens, comme durant la période de l’Intifada», le soulèvement palestinien (1987-93).
«Les investisseurs étrangers pensaient qu’Israël pouvait leur servir de base régionale pour développer leurs activités au Moyen-Orient. Ce n’est plus le cas avec le gel du processus de paix», regrette-t-il.
Le patron du groupe textile Delta, M. Dov Lautman, qui a ouvert une usine en Jordanie après la signature de la paix avec ce pays en 1994, admet qu’il ne parvient plus «à convaincre des industriels arabes à faire des affaires avec des sociétés israéliennes».
Un constat partagé par Me Eytan Liraz, un avocat d’affaires de Tel-Aviv, qui représente des banques et des entreprises européennes et américaines. «Les multinationales qui envisageaient de s’installer en Israël ont gelé leurs projets», déplore-t-il en admettant qu’Israël est perçu à nouveau comme un pays «dangereux».
L’enjeu est énorme: les investissements étrangers ont joué ces dernières années un rôle de locomotive de la croissance. En l’espace de 5 ans, leur montant a été multiplié par 13 pour atteindre en 1996 un record de 2,7 milliards de dollars.
Le bâtiment connaît lui aussi un passage à vide avec une chute de 20% des mises en chantier au premier trimestre. Les images de violences dans les territoires palestiniens ont effrayé les touristes. Les recettes de ce secteur, la principale source en devises étrangères d’Israël, devraient baisser de 20% cette année, soit un manque à gagner de 400 M USD.
Sur le front budgétaire, le ministre des Finances, Dan Méridor, qui s’était engagé à économiser 2 mds USD pour réduire le déficit, a dû y renoncer, faute du soutien de M. Netanyahu. L’ambitieux plan de privatisation du premier ministre éprouve également de sérieux retards au démarrage.
«Le plus douloureux est à venir pour les Israéliens. Il faudra attendre quelques mois pour qu’ils ressentent vraiment, dans leur vie quotidienne, les conséquences du ralentissement de l’activité économique», prévoit M. Liraz.


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