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Actualités - Reportage

Walid Akl : les flamboyances de la mâturité...

Sa fidélité au Liban est indéfectible. On le voit régulièrement sur nos scènes et sa touche au piano n’a rien perdu de son éclat. Walid Akl est ce pianiste qui fait les délices des mélomanes non seulement par un jeu remarquable mais aussi par des programmes originaux, pleins de finesse, qu’il présente à ses auditeurs. Les fervents adeptes de Haydn seront comblés de savoir qu’un récital entier est exclusivement réservé à ce musicien que Walid Akl affectionne particulièrement et dont il est l’interprète inspiré...
Mais pour tous ceux qui l’ont écouté à l’Amphithéâtre de l’U.S.E.K. le choix était fait des partitions de Chopin, Brahms, Bach, Rachmaminoff et Scriabine.
Place à une étourdissante virtuosité dès les premières mesures de cette étude op. No.7 de Chopin. Peu révélatrice d’une influence nationale mais gardant des rythmes d’inspiration polonaise, tout en offrant de très riches lignes mélodiques, cette étude n’est guère écrite dans un but purement pédagogique (comme chez Clementi ou Cramer). Au contraire c’est une authentique pièce de concert, résultat de recherches du compositeur dans la polyphonie propre au piano. Elle déroule bien la mélancolie, l’ondoyante rêverie du célèbre amant de George Sand. En notes perlées, en chromatismes lumineux, en impétueux tourbillons où pointent l’exaltation et un irrépressible chagrin, Walid Akl aura restitué à Chopin, avec fougue et dextérité, toute l’atmosphère tourmentée d’un homme hanté par l’exil et la uqête d’un bonheur sans cesse fuyant...
Accents graves et modulations amples pour cette «grande sonate en fa mineur» de Brahms où le piano a une résonance empreinte d’une insaisissable poésie. Univers sonore riche oscillant entre la rigueur classique et les volutes du romantisme, alliant aussi avec subtilité un certain esprit viennois et une mélancolie nordique. Alors que pour Liszt et parfois Chopin le clavier demeure un instrument de virtuosité, Brahms construit à son intention d’admirables pièces où les effets, comme ici, s’inscrivent avec ordre et mesure, donnant à l’ensemble expressivité et lyrisme lumineux. Solidement construite avec ses cinq mouvements et fort bien développée, rappelant avec autorité et même ouvertement un certain thème «beethovenien» du destin, cette œuvre respire à la fois vigueur et vulnérabilité. Elle accuse des motifs secondaires se succédant et s’enchevêtrant comme autant d’accords qui se répondent et se rejoignent alternant pages dramatiques et effusions sentimentales baignant dans une imperceptible tristesse.
Ce n’est pas la première fois que l’on écoute cette «chaconne» Bach-Busoni interprétée par Walid Akl et qu’on retrouve d’ailleurs à chaque fois avec le même éblouissement d’un plaisir renouvelé. Ardente, puissante, jetant des ramifications tourmentées éclatant en scintillantes arches sonores, cette «chaconne» est d’une extrême richesse d’altérations chromatiques.
Changement de cap mais non de virtuosité avec les «deux préludes» de Rachmaminoff. Authentique fougue slave qui se perd dans un fracassant tourbillon de notes emportées, coléreuses, incandescentes. Telle une lave qui pulvérise tout sur son passage, cette musique ressemble à un typhon que rien ne peut endiguer...
Avec Scriabine, (deux études) le ton toujours est à ce courant russe au lyrisme accentué et à la narration survoltée. Ecriture riche qui garde certaines nostalgies romantiques, tant les notions de puissance et de grandeur sont omniprésentes. Une inspiration et une technicité qui allaient ouvrir des horizons neufs à des générations de musiciens.
Voilà un programme ambitieux, étincelant, où se mêlent passion, maturité et bravoure. Walid Akl, une fois de plus, a gâté les mélomanes libanais qui l’ont d’ailleurs applaudi à tout rompre dans cette «standing ovation» qu’ils réservent dorénavant à tous ceux qui les enthousiasment.

Edgar DAVIDIAN

— Walid Akl donnera un concert le 31 mai, 20h à Tripoli, à la Rabita al-Sakafiya.
— Un concert réservé exclusivement à Haydn sera donné aussi le 5 juin à 20h à l’Assembly Hall.
Sa fidélité au Liban est indéfectible. On le voit régulièrement sur nos scènes et sa touche au piano n’a rien perdu de son éclat. Walid Akl est ce pianiste qui fait les délices des mélomanes non seulement par un jeu remarquable mais aussi par des programmes originaux, pleins de finesse, qu’il présente à ses auditeurs. Les fervents adeptes de Haydn seront comblés de savoir qu’un récital entier est exclusivement réservé à ce musicien que Walid Akl affectionne particulièrement et dont il est l’interprète inspiré...Mais pour tous ceux qui l’ont écouté à l’Amphithéâtre de l’U.S.E.K. le choix était fait des partitions de Chopin, Brahms, Bach, Rachmaminoff et Scriabine.Place à une étourdissante virtuosité dès les premières mesures de cette étude op. No.7 de Chopin. Peu révélatrice d’une influence...