NEW YORK, 22 Mai (Reuter). — La décision de la Réserve fédérale de ne pas modifier ses taux d’intérêt semble indiquer qu’elle parie, comme elle le fit en 1996, sur un ralentissement de la croissance dans le courant de l’année, estiment des analystes.
La Fed a maintenu le taux des Federal Funds à 5,50% et l’escompte à 5,0%. Ce dernier n’a pas bougé depuis le 31 janvier 1996. Le premier, après près de deux ans de stabilité, avait été relevé de 25 points de base le 25 mars dernier.
«L’objectif de la Fed est de guider l’économie sur la voie d’une croissance soutenue sans permettre une hausse de l’inflation. Maintenir l’inflation à un bas niveau, c’est une politique favorable à la croissance», commente Stephen Cecchetti, professeur d’économie à l’université d’Etat de l’Ohio.
Le taux central d’inflation est resté stable autour de 3,0% tandis que le pays connaissait une vigoureuse croissance et ce, grâce à la politique anti-inflationniste préventive menée par la Fed entre février 1994 et février 1995, poursuit Cecchetti.
Pourtant au début de mai, certaines sources proches de la Fed disaient qu’une hausse préventive des taux était envisagée par la banque centrale afin de ralentir une consommation jugée trop forte.
Pour Emily Porter (American Express), une hausse de 25 points de base du taux des Fed Funds n’aurait eu de toute façon qu’un effet négligeable sur les détenteurs de cartes de crédit. «Quand un détenteur de carte paye un intérêt de 18%, une hausse de 25 points de base ne change pas grand chose à son comportement. Sur un crédit de $1.000, il paye $15 par mois, alors q’u un relèvement de 25 points n’entraînerait qu’une charge de 20 cents de plus par mois».
Pour Ken Bercuson (SBS Warburg) «le fait que la Fed n’ait rien fait aujourd’hui montre qu’elle s’attend à ce que la croissance décélère très rapidement en très peu de temps. Pour ma part, je crois que les données fondamentales vont contre cette analyse».
«Même si la demande ralentissait, ça ne suffirait pas à alléger la pression sur les ressources. Aussi je m’attends à ce que l’inflation augmente cette année», ajoute-t-il.
Alan Blinder, ancien vice-président de la Fed, ne croit pas «que la Fed tente de faire baisser le taux d’inflation le plus vite possible».
«Il est évident qu’il y a quelques risques d’inflation actuellement. L’estimation de ces risques diffère d’un analyste à l’autre. Mais il semble que le point de vue de la majorité des membres du comité de politique monétaire de la Fed est que ces risques ne sont pas si grands et qu’ils peuvent se permettre d’attendre encore un peu pour en savoir davantage», conclut Alan Blinder.


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