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Actualités - Chronologie

Un marathon à la vitesse d'un sprint pour le PS

PARIS, 22 Mai (Reuter). — Contraints par la dissolution de l’Assemblée à courir «le marathon à la vitesse d’un sprint», selon une formule de Lionel Jospin, les socialistes ont centré toute leur campagne législative sur leur premier secrétaire.
«La grande révélation de cette campagne, c’est Lionel Jospin, qui en a été constamment l’animateur, qui a posé le débat, fixé les rythmes», juge Jean-Christophe Cambadelis, secrétaire national aux relations extérieures. «Il aura été l’élément central, majeur de cette campagne», selon lui.
L’ancien candidat à la présidentielle de 1995 donne le ton dès le dimanche 20 avril, veille de l’annonce de la dissolution de l’Assemblée par Jacques Chirac: «Cette dissolution est un aveu d’échec» et le prélude à une politique d’austérité «aggravée», déclare-t-il sur TF1.
Il ne cessera plus de dénoncer une «dissolution de convenance» destinée à «surprendre les Français», «désarçonner l’opposition» et «escamoter le bilan» de la droite.
Les dirigeants socialistes sont cependant loin d’être aussi surpris qu’ils veulent bien le dire.
Lionel Jospin aurait certes souhaité avoir un an de plus pour faire oublier le bilan «contrasté» du double septennat de François Mitterrand. Mais le PS se prépare depuis de longs mois à toute éventualité: ses candidats, dont 30% de femmes, sont déjà désignés; il a signé des accords électoraux avec les Verts et le Parti radical socialiste; l’élaboration de son programme a déjà bien avancé à la faveur de trois conventions nationales.

Débauche
d’énergie

Tout est en place en dix jours: slogan — «Changeons d’avenir» — déclaration d’intention entre le PS et le Parti communiste, présentation du programme — un fascicule de 16 pages tiré à ce jour à 11 millions d’exemplaires…
Une cellule «arguments et riposte», composée en partie de hauts fonctionnaires, tourne bientôt à plein régime — en un mois elle fournira au total quelque 70 fiches aux candidats.
D’entrée de jeu, Lionel Jospin fait du premier ministre, Alain Juppé, dont la popularité est au plus bas, sa cible principale: vote pour le RPR et l’UDF, c’est en «reprendre» pour cinq ans, martèle le dirigeant socialiste.
Sur son site Internet, le PS dénonce les «mensonges» de la majorité sortante et le nez d’Alain Juppé s’allonge de jour en jour. C’est le Juppinochio, consulté certains jours par plus de 50.000 personnes.
Auréolé de son duel avec Jacques Chirac en 1995, galvanisé par la victoire écrasante des travaillistes britanniques sur les conservateurs le 1er mai, Lionel Jospin sillonne la France. En moins d’un mois, il sera allé dans plus de 50 circonscriptions, où il aura prononcé autant de discours et tenu 17 meetings.
Cette débauche d’énergie se traduit d’abord dans les sondages par un resserrement de l’écart entre la droite et la gauche, qui passe même en tête dans les intentions de vote.
La machine paraît se gripper dans la semaine du 5 mai: la lettre aux Français de Lionel Jospin n’est guère mieux accueillie que la tribune publiée la veille par Jacques Chirac; le PC regimbe et contraint le premier secrétaire à réaffirmer fermement qu’un partenaire minoritaire ne saurait imposer sa ligne à un gouvernement de gauche; ce sont aussi les premiers couacs — au demeurant vite étouffés — au sein du PS.
Les sondages indiqent un retournement de tendance en faveur de la droite.
«On ne voyait pas où était l’erreur», raconte un membre de l’état-major socialiste, qui décide de réagir sur deux axes: «cogner» à coups redoublés sur la droite et accentuer l’effort d’explication du programme du PS pour vaincre son ennemi numéro un, le scepticisme des Français.

Objectif 30%

Lionel Jospin se charge du premier volet: «Où est passé le programme de la droite?», lance-t-il à chaque réunion publique. Jacques Chirac, relativement épargné au début de la campagne, devient sa cible privilégiée.
Ses attaques contre le chef de l’Etat culminent lors du meeting du Zénith, le 15 mai à Paris: «Corruption, affaires, réseaux de financement occulte, politique cynique à l’égard des pauvres et des jeunes, Paris, capitale merveilleuse de tous les Français, est devenue depuis 1977 la propriété exclusive de quelques-uns», lance-t-il devant 5.000 personnes. Nul ne s’y trompe à travers la gestion de la capitale, c’est son ancien maire pendant 18 ans, Jacques Chirac, qui est visé.
Les derniers sondages publiés indiquent que les socialistes, quatre ans après leur déroute de mars 1993, sont de nouveau au coude à coude avec une droite placée sur la défensive.
Lionel Jospin peut ouvrir une troisième phase dans sa campagne: la chasse aux indécis et aux abstentionnistes, en occupant systématiquement le terrain des médias.
D’interviews dans la presse écrite en interventions à la télévision et à la radio, le message qu’il veut faire passer en cette dernière semaine avant le premier tour tient en deux mots: réalisme — des propositions socialistes — et dédramatisation — d’une éventuelle cohabitation, agitée comme un épouvantail par Jacques Chirac et les ténors de la droite.
«Je ne veux pas de flambées pour, ensuite, être contraint à des plans de rigueur», répète-t-il à propos du programme. La France saura parler d’«une seule voix» et il n’y aura pas de crise européenne, affirme-t-il au sujet de la seconde.
«La seule alternative, c’est la victoire (une majorité absolue pour la gauche) ou le succès (un retour en force des socialistes à l’Assemblée)», confiait récemment Lionel Jospin, qui a fixé à 30% des suffrages la barre à franchir par le PS lors du premier tour pour espérer l’emporter le 1er juin.
PARIS, 22 Mai (Reuter). — Contraints par la dissolution de l’Assemblée à courir «le marathon à la vitesse d’un sprint», selon une formule de Lionel Jospin, les socialistes ont centré toute leur campagne législative sur leur premier secrétaire.«La grande révélation de cette campagne, c’est Lionel Jospin, qui en a été constamment l’animateur, qui a posé le débat, fixé les rythmes», juge Jean-Christophe Cambadelis, secrétaire national aux relations extérieures. «Il aura été l’élément central, majeur de cette campagne», selon lui.L’ancien candidat à la présidentielle de 1995 donne le ton dès le dimanche 20 avril, veille de l’annonce de la dissolution de l’Assemblée par Jacques Chirac: «Cette dissolution est un aveu d’échec» et le prélude à une politique d’austérité «aggravée»,...