En 1996, 8.780 personnes ont été hospitalisées pour de telles intoxications, parfois dans un état désespéré, dans la deuxième ville de Russie, qui compte plus de 5 millions d’habitants.
Selon les chiffres fournis par les autorités, plus de 70% des alcools vendus à Saint-Petersbourg sont produits illégalement. Les vendeurs de rue, installés dans des kiosques, sont les principaux distributeurs de ces boissons frelatées, dont le prix trahit l’origine illégale: de 8.000 à 15.000 roubles la bouteille (1,4 à 2,6 dollars), contre environ 30.000 roubles pour une marque déposée.
«Pour les gens, la qualité de la vodka est moins importante que son prix», affirme Valentina, qui tient un kiosque en ville.
Pendant plus de cent ans, jusqu’en 1991, la production et la vente d’alcool étaient en Russie puis en URSS un monopole d’Etat. Aujourd’hui, avec une distribution totalement privatisée et difficilement contrôlable, les vodkas frelatées ont pratiquement évincé les produits légaux sur le marché de Saint-Petersbourg.
Igor, 33 ans, a été hospitalisé d’urgence pour une intoxication alcoolique. Il est décédé en trois heures.
«Ce genre de cas est de plus en plus fréquent», affirme Leonid Chpilenia, médecin chef du dispensaire central de la ville. Selon lui, la mortalité violente due à l’alcool non contrôlé a été multipliée par 3,5 au cours des cinq dernières années en Russie.
«Les alcools frelatés contiennent des mélanges dangereux. Ils sont souvent produits à base d’alcool dénaturé, ce qui provoque les intoxications», précise le médecin.
Ces bouteilles, dont les étiquettes imitent souvent celles des marques connues, proviennent de plusieurs régions de Russie, mais également de Saint-Petersbourg même: «Nous avons découvert l’an dernier plus de 200 ateliers illégaux dans la ville», raconte Vitali Novoselov, salarié de l’office de contrôle des alcools pour la région nord-ouest de la Russie.
«Ce type de commerce est tellement lucratif qu’il suffit à dédommager le risque» d’une condamnation, avance-t-il, pour expliquer pourquoi le marché est inondé par les contrefaçons de vodka.
L’Etat, confronté à une crise budgétaire majeure, voudrait pourtant récupérer au plus vite le juteux contrôle de la vente d’alcool. Pour le premier trimestre 1997, les revenus de la vente d’alcool ont été trois fois inférieurs aux sommes budgétées, alors que la consommation est en augmentation constante.


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