Une nouvelle entreprise avec 15 cochers, 22 calèches et 80 chevaux sème la zizanie en faisant depuis le début de la saison concurrence au marché traditionnel des fiacres viennois. Ces derniers sont très appréciés de mars à octobre pour leur bel apparat de cuir noir par les touristes et les petites filles à l’époque de la communion.
«Depuis tôt ce matin je suis stationné sur la Place Saint Etienne», qui est l’une des quatre stations autorisées pour les fiacres dans le centre, «mais je n’aurai plus de clients aujourd’hui puisque 14 fiacres sont déjà devant moi dans la file d’attente» explique Gunther Kurzl, l’un des cochers qui exercent ce métier depuis de nombreuses années.
Marché
trop étroit
«La ville de Vienne n’aurait jamais dû accorder de nouvelles licences, le marché est trop étroit, nous ne pouvons plus vivre correctement» ajoute Gunther Kurzl qui affirme que cette année son salaire est tombé à 3000 schillings par mois (300 dollars) contre 15.000 (1.500 dollars) au printemps dernier.
A la suite de l’examen d’attelage et de conduite de calèche obligatoire, les nouveaux fiacres ont obtenu de la ville de Vienne dix licences qui leur permettent de circuler à la fois avec 10 calèches au maximum, tirées par deux chevaux chacune.
Ces licences s’ajoutent à quelque 80 autres détenues depuis des décennies par d’anciennes entreprises de fiacres pour au total quelque 80 cochers, plusieurs centaines de chevaux et de calèches qui doivent tous se partager le centre-ville, convoité pour ses nombreux touristes.
A l’instar de ses collègues, Gunther Kurzl, juché sur sa calèche verte type «Landauer» dont il affirme qu’elle date du siècle dernier, explique qu’il avait dans le passé «4 à 5 tours de fiacres par jour de semaine alors que maintenant, j’en ai à peine deux par semaine car nous sommes devenus trop nombreux».
Vingt minutes de fiacre coûtent 500 schillings (50 dollars) et 40 minutes 800 schillings (80 dollars).
La nouvelle entreprise se voit aussi reprocher d’avoir «des cochers vêtus de jeans, des calèches non authentiques, reconstruites en Pologne» et de «mal nourrir ses animaux qui sont dangereux puisqu’ils se sont déjà emballés à plusieurs reprises», raconte Gunther Kurzl, vêtu comme tous les cochers d’un costume noir ou marron avec un chapeau-melon.
Kurt Hinterplattner, propriétaire des nouveaux fiacres qui sont la cible des attaques, affirme en revanche avoir découvert un nouveau créneau «qui peut encore être exploité proportionnellement au tourisme en croissance à Vienne».
Il souhaiterait au contraire «des stations supplémentaires dans le centre de Vienne».
Chevaux gros
Kurt Hinterplattner est en contact avec «des hôtels partout à Vienne qui proposent mes fiacres alors que les autres fiacres se contentent d’attendre les clients dans le centre-ville».
«Mes fiacres font chacun un chiffre d’affaires de 800.000 à un million de schillings (80.000 à 100.000 dollars) par an», explique-t-il, taxant de «mensonge» toute autre somme avancée.
Répondant à ceux des critiques qui qualifient ses calèches de «reproductions», Kurt Hinterplattner souligne qu’«elles sont aussi belles que celles des autres entreprises. Je fais faire dans mon propre atelier de construction de calèches en Pologne des reproductions parfaites d’anciens modèles».
Quant au «danger prétendu d’un tour dans mes calèches: nous n’avons encore eu aucun accident» indique l’entrepreneur.
Montrant du doigt dans son écurie limitrophe du Danube un alezan très rondelet il fait aussi valoir l’embonpoint de ses chevaux.
Kurt Hinterplattner ne ménage pas non plus ses collègues. «Les cochers des anciennes entreprises sont vulgaires, ils menacent les clients qui ne veulent pas prendre un fiacre». «Ils ne sont tout simplement pas débrouillards: c’est une honte de dire que les cochers sont réduits à l’état de mendicité, ce n’est pas vrai».
«Il y a de la place pour tous les fiacres à Vienne», conclut-il.
Le maire de Vienne vient de charger deux conseillers municipaux de se pencher sur le problème et de trouver une solution satisfaisant tous les entrepreneurs et cochers.


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