Même si la combinaison de plusieurs molécules médicamenteuses rend la présence du virus presque indétectable dans le sang, ces multithérapies ne permettent pas d’éliminer complètement la charge virale, indique l’étude du professeur Roberto Siliciano, de l’Université de Baltimore.
L’équipe de Siliciano a examiné les cellules immunitaires CD4 de 14 patients volontaires. Les CD4 sont les cellules «envahies» par le virus HIV. Les chercheurs se sont particulièrement intéressés aux «cellules intelligentes» qui permettent au système immunitaire de «se souvenir» des infections dont il a été victime, pour y répondre de manière appropriée des mois, voire des années plus tard.
Ce sont ces «cellules intelligentes» qui ont permis de développer le principe de la vaccination, mais qui constituent également l’un des principaux obstacles à la lutte contre le sida, car elles forment de véritables «réservoirs» pour le virus HIV.
«La bonne nouvelle, c’est que ces cellules n’existent pas en très grand nombre, explique Siliciano. La mauvaise, c’est qu’elles peuvent survivre pendant très longtemps».
Trithérapie
Chez les 14 malades examinés, le virus HIV a survécu dans 0,05% des CD4 «inactifs» de l’organisme.
«Ce sont ces cellules qui constituent des réservoirs à long terme pour le virus, explique Siliciano. Les médicaments n’ont pas d’effet sur elles. Ils ne sont efficaces sur le virus que lorsque celui-ci se mutliplie».
L’association de trois molécules antivirales (ou trithérapie) a permis dernièrement une avancée considérable dans la lutte contre la maladie, mais n’a pas permis d’éliminer totalement le virus. Or, les travaux publiés par «Nature» montrent que le HIV peut survivre dans un très petit nombre de cellules, et même dans une seule.
«Nous pensons qu’une seule cellule infectée, une fois activée, peut produire assez de virus pour que tout recommence», explique le professeur américain.
Dans cette hypothèse, il devient impossible d’acquérir la certitude que le patient est définitivement guéri, puisque le risque perdurera toujours tant qu’une seule cellule infectée ait survécu à la trithérapie. Les séropositifs devraient donc subir le traitement pendant des années — avec les effets secondaies parfois très lourds qu’il entraîne — avant d’espérer être totalement guéris.
Dans une seconde étude, publiée sous la direction du Dr David Ho, de l’université Rockfeller de New York, les chercheurs ont tenté de mesurer la durée de vie du virus.
L’équipe de Ho a suivi huit patients traités par trithérapie depuis près de deux ans. Leur charge virale a chuté de 99% dans les deux premières semaines du traitement. Reste à savoir combien de temps ce répit pourra durer. Pour le savoir, les chercheurs de New York ont fait usage de modèles mathématiques.
«Nous pensons qu’il faudrait 2,3 à 3,1 ans de traitement pour éliminer complètement le HIV-1 de l’organisme de ces patients», écrivent-ils.
«Etant donné le coût élevé et la toxicité d’une multithérapie prolongée, il faut développer de nouvelles stratégies pour faciliter l’extinction de ces «braises» virales qui pourraient raviver l’infection», selon eux
«Ce serait une erreur de croire que nous sommes prêts de vaincre le sida», concluent ils.


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