Ce dernier revers porte sur un programme de 1,9 milliard de dollars destiné à développer un système défensif antimissile capable de répondre à l’attaque de missiles balistiques tactiques sur une large zone, équivalente à un pays comme la Corée du Sud ou l’Arabie Séoudite.
Le système de défense de théâtre contre les missiles balistiques tactiques (THAAD), programme qui bénéficie d’un fort soutien au Congrès, à majorité républicaine, devait également servir de précurseur à un système de défense national antimissile.
Mais le Pentagone a suspendu récemment les tests THAAD et réexamine actuellement le programme dans son ensemble, après l’échec en mars d’un quatrième tir de missile tactique THAAD.
La précipitation serait à l’origine des déboires du programme, selon des responsables militaires citant les conclusions d’un rapport indépendant.
Afin de rendre le système opérationnel d’ici 2002, l’entrepreneur Lockheed-Martin aurait utilisé des composants testés de manière inadéquate, a indiqué le lieutenant-général Lester Lyles, directeur de l’Organisation de défense des missiles balistiques au Pentagone lors d’un récent point de presse à Huntsville (Alabama).
Le Pentagone, a-t-il ajouté, estime que la conception de base du missile THAAD est solide mais il ignore si les composants clés du missile fonctionneront un jour correctement, puisque les tests n’ont pas été effectués.
Bien que l’hypothèse semble hautement improbable, le Pentagone n’a pas exclu l’idée d’abandonner l’ensemble du programme, qui constitue la pièce maîtresse des systèmes de défense de missiles antibalistiques de l’armée américaine.
Une longue période
de gestation
La date-butoir de présentation du missile THAAD a déjà été repoussée à 2004 et pourrait l’être à 2006 afin de permettre la mise en œuvre de toute une nouvelle batterie de tests, a indiqué de son côté le général Edward Anderson, responsable du commandement chargé de la défense stratégique et spatiale, qui gère le programme.
L’armée américaine dispose jusqu’à présent de systèmes permettant d’intercepter un missile ennemi juste avant l’impact, ce qui peut être trop tard.
S’il était opérationnel, le système THAAD serait en revanche le seul à offrir la possibilité d’intercepter les ogives peu après que le missile ait quitté l’espace pour entrer dans l’atmosphère.
La prolifération des missiles Scud, les inquiétudes concernant la situation en Corée du Nord et les pressions du Congrès conservateur sont autant de raisons qui poussent à hâter la présentation du système THAAD, selon les militaires.
Des responsables ont néanmoins insisté sur la longue période de gestation nécessaire aux technologies de pointe, alors que l’armée a commencé il y a quarante ans ses recherches pour la mise au point d’un moyen d’intercepter les missiles balistiques agresseurs.
«Quinze à vingt ans sont nécessaires entre le moment où vous faites montre d’une capacité critique et celui où vous en sortez un système utile», a confié Richard Fisher, directeur du Centre de défense stratégique et spatial de l’armée américaine.

