«Canard», «ridicule», «sans fondement», «malentendu», les responsables israéliens ont recouru à toute la gamme des démentis pour qualifier l’article du quotidien «Washington Post» révélant, mercredi, l’existence d’un espion au nom de code «Mega».
«Je suis au courant de ce qu’est Mega, a affirmé le secrétaire du gouvernement Danny Naveh à la radio publique. Je vais le dire aux Américains. Je suis persuadé qu’ils se rendront compte qu’il s’agissait d’un canard journalistique».
Mais l’absence de démenti américain et la révélation que les Etats-Unis ont placé sur écoute les diplomates et officiels israéliens en poste à Washington ont inquiété les commentateurs.
«Le détail le plus préoccupant est le silence assourdissant du gouvernement américain», écrit Hemi Shalev dans le quotidien «Yédiot Aharonot».
«Aussi longtemps qu’Israël est seul à opposer des démentis, qui ne sont d’ailleurs pas pris très au sérieux ces derniers temps, l’histoire continuera à être excitante, les médias américains auront le champ libre et Israël se retrouvera impliqué dans une méga-affaire qui affectera encore un peu plus ses relations déjà tendues avec Washington», ajoute-t-il.
M. Zeev Schiff, le commentateur du quotidien «Haaretz» considéré comme proche de l’appareil de sécurité israélien, parle d’une affaire «sérieuse» en relevant que les Etats-Unis ont, apparemment, percé les codes secrets de communication utilisés par les Israéliens.
«Selon le «Washington Post», l’ambassade israélienne et la station officielle du Mossad (à Washington) sont en permanence sur écoute. Les sources qui sont à l’origine de la fuite en ont ouvertement fait état. Comme les communications secrètes sont généralement codées avec des brouilleurs spéciaux, cela signifie que les «grandes oreilles» américaines ont réussi à percer les codes israéliens. C’est, bien évidemment, un acte inamical», écrit M. Schiff.
«Haaretz» affirme que les services israéliens s’en doutaient depuis longtemps et que, pour cette raison, une pièce spéciale scellée et à l’épreuve des écoutes a été construite à l’ambassade de Washington, pour les discussions particulièrement confidentielles.
Entre Mega
et Elga
Le journal cherche cependant à blanchir Israël en affirmant que «Mega» résulte d’une erreur de transcription et qu’il s’agit en réalité d’«Elga», un nom de code couramment utilisé dans le monde du renseignement israélien, selon «Haaretz», pour désigner la CIA américaine.
Selon le «Washington Post», les services américains sont tombés sur l’affaire en captant une conversation téléphonique entre un agent israélien basé à Washington et son supérieur en Israël. Les Israéliens cherchaient à obtenir une lettre confidentielle adressée par le secrétaire d’Etat américain Warren Christopher le 16 janvier au chef de l’Autorité palestinienne Yasser Arafat.
«L’ambassadeur veut que j’aille chez Mega pour chercher une copie de cette lettre», a déclaré l’agent selon la transcription de la conversation téléphonique, affirme le quotidien.
Son supérieur lui aurait alors répondu, toujours selon le «Post»: «Ce n’est pas pour une telle chose qu’on emploie Mega».
L’affaire est d’autant plus sensible qu’Israël affirme depuis des années ne plus mener d’espionnage aux Etats-Unis, afin notamment d’obtenir la libération de Jonathan Pollard.
Cet employé du service de renseignements de la marine américaine avait été arrêté en 1985 et condamné en 1987 à la prison à vie pour espionnage au profit d’Israël. L’Etat hébreu lui a donné la nationalité en 1996 mais n’a pas pu pour autant obtenir sa libération, malgré les efforts déployés par tous les chefs de gouvernement israéliens ces dernières années.


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