Les ministres des Affaires étrangères des Quinze ont ainsi décidé de renvoyer leurs ambassadeurs à Téhéran trois semaines après les avoir rappelés en consultation pour élaborer une nouvelle stratégie dans leurs relations avec ce pays.
«Nous avons absolument besoin d’un nouveau départ, mais il n’y aura pas de rupture des relations, c’est une position commune des Européens», a déclaré l’Allemand Klaus Kinkel.
Les chefs de la diplomatie européenne avaient à examiner les conséquences du verdict rendu par un tribunal de Berlin dans le procès des assassins de quatre dissidents kurdes. Les juges allemands avaient estimé que le quadruple meurtre avait été commandité par les plus hautes autorités iraniennes.
Les capitales européennes avaient suspendu dès le 10 avril le «dialogue critique» qu’elles menaient avec l’Iran au grand dam des Etats-Unis, partisans de sanctions économiques.
Les Quinze ont confirmé la suspension de ce dialogue, tout comme ils ont maintenu leur refus de livrer des armes à l’Iran, même si aucun embargo contraignant n’existe à son encontre.
Ils ont également pris une série de sanctions, comme la suspension des contacts ministériels jusqu’à nouvel ordre.
Les Quinze se sont en outre engagés à coopérer pour expulser de leur territoire les membres des services secrets iraniens qui s’y trouvent et pour éviter de leur octroyer un visa.
La porte reste toutefois très largement ouverte et les Quinze ont tendu une perche aux dirigeants iraniens.
Ankara accuse
A Ankara entre-temps, l’armée turque accusait l’Iran de «soutenir le Parti des travailleurs du Kurdistan» (PKK, séparatiste, en rébellion contre Ankara), et des «organisations musulmanes intégristes» pour «porter préjudice à l’ordre établi en Turquie».
«L’Iran soutient logistiquement le PKK et apporte également son soutien aux organisations musulmanes intégristes, comme par exemple le Hezbollah local, pour porter préjudice à l’ordre établi en Turquie», a dit le général Kenan Deniz, lors d’un briefing à la presse.
Selon ce général, qui est chargé des opérations de sécurité intérieure de l’armée turque, «il y a actuellement 500 à 600 militants armés du PKK en territoire iranien».
«L’Iran se sert du terrorisme pour ses fins politiques», a-t-il ajouté.
Non-ingérence
A Téhéran, la presse iranienne a estimé que le pays pouvait se passer de l’Europe si cette dernière décidait de durcir son attitude à l’égard de la République islamique, après le verdict de Berlin qui a mis en cause Téhéran dans une affaire d’assassinats politiques.
Les quotidiens adoptent dans le même temps une position attentiste en affirmant que Téhéran devra apporter une réponse «appropriée» aux décisions des ministres des Affaires étrangères des Quinze, réunis mardi et mercredi à Luxembourg.
Le quotidien «Iran News», proche des Affaires étrangères, cite une source officielle qui affirme, sous couvert d’anonymat, que «l’attitude de l’Europe confirme qu’elle ne peut pas être un partenaire commercial majeur pour l’Iran», tout en rappelant qu’elle représente 50% du commerce extérieur du pays.
Selon le journal, les dirigeants iraniens sont partisans d’un rééquilibrage avec l’Asie, en particulier les républiques ex-soviétiques d’Asie centrale et les pays du Golfe.
Le «Tehran Times» souligne quant à lui que l’Union européenne «veut très sérieusement conserver ses relations cordiales avec Téhéran» mais qu’elle est «malheureusement soumise à la pression américaine et israélienne».
Le journal s’en prend au «dialogue critique» qui régit depuis cinq ans les relations de l’UE avec Téhéran, soulignant qu’il «doit s’agir d’un canal unilatéral pour permettre à l’Europe d’imposer ses vues à l’Iran». «Cela ne nous intéresse plus», ajoute-t-il.
«Si nos valeurs sont mises en jeu, il ne sera pas difficile pour l’Iran de trouver de nouveaux partenaires commerciaux», écrit le quotidien de langue anglaise.
Le journal intégriste «Jomhouri-Islami» estime pour sa part que «les Européens doivent savoir que l’on n’a pas besoin d’eux». «Jomhouri-Islami» est le seul titre à proposer, comme mesure de représaille concrète, une réduction du personnel diplomatique des Quinze en Iran, parmi lequel il voit «des espions et des gens indésirables».


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