Pour son premier voyage à l’étranger aux côtés de M. Eltsine, Tatiana Diatchenko, 37 ans, a tout fait pour passer incognito. Dès l’arrivée de l’avion présidentiel à l’aéroport de Stuttgart (sud-ouest), elle laissait ses parents serrer les mains des officiels sur le tapis rouge pendant qu’elle sortait par la porte arrière de l’appareil, dissimulée par la haie d’honneur des policiers allemands.
Le lendemain, le programme officiel affirmait que celle qui a été l’une des principales animatrices de la campagne de réélection de M. Eltsine l’an passé passerait la journée avec sa mère Naïna, à visiter notamment quelques châteaux de la Forêt noire toute proche de Baden-Baden.
Son attachée de presse, Natalia Konstantinovna, indiquait en fin de journée qu’elle avait finalement fait bande à part, et passé la journée à «se promener toute seule» dans le centre piétonnier de cette ville de cure.
Pendant la conférence de presse conjointe de M. Eltsine et du chancelier Helmut Kohl, de nombreux reporters qui cherchaient à photographier Tatiana l’ont cherchée en vain.
Pas de titre officiel
Vêtue d’un ensemble pantalon et veste noir, très reconnaissable à ses cheveux courts et sa silhouette bien en chair, elle s’était installée au fond de la salle, noyée au milieu des employés du service de presse et de journalistes locaux, qui avaient peu de chances de la reconnaître.
Dès que M. Kohl a annoncé qu’il n’y aurait plus qu’une question avant la fin de la conférence, elle a discrètement quitté les lieux.
Ce n’est que le soir, lors de la cérémonie de remise du prestigieux prix des médias allemands à M. Eltsine, que Tatiana s’est laissée brièvement filmer par les caméras.
Car selon Mme Konstantinovna, c’était la seule raison de sa participation à ce voyage. «Elle voulait être là pour saluer l’hommage rendu à son père à cette occasion», a expliqué l’attachée de presse, en décourageant toute demande d’interview ou de photos.
De telles déclarations ont peu de chances de faire taire les rumeurs sur le rôle joué par cet ancien ingénieur du secteur spatial dans le jeu compliqué des favoris du Kremlin. Mère de deux enfants, elle n’a aucun titre officiel, mais le Kremlin avait laissé entendre en décembre qu’elle pourrait bien, un jour, en avoir un.
Le porte-parole de M. Eltsine, Sergueï Iastrjembski, avait alors réagi à des informations de presse selon lesquelles elle serait sur le point d’être nommée, en affirmant simplement qu’elles étaient «prématurées».
Toutefois, la discrétion dont a fait preuve Tatiana à Baden-Baden pourrait indiquer que le Kremlin a renoncé à officialiser son influence, qui n’a, selon Mme Konstantinovna, rien d’extraordinaire.
«Toute fille a une grande influence sur son père, y compris moi», a-t-elle indiqué.


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