La belle exposition «Cartier 1900-1939» qui se tient au Metropolitan Museum of Art jusqu’au 3 août reflète l’évolution d’un style de l’opulence du début du siècle, aux innovations exotiques des années 1920, aux formes géométriques des années 30. Les 200 pièces composées de colliers, bracelets, diadèmes, tiares, bandeaux, montres, pendules «mystérieuses», tabatières, et objets d’art viennent en majorité de la collection privée de la célèbre maison. Par leur extravagance magique, ces petites merveilles évoquent l’éclat des bals, la splendeur des palaces et le luxe des grandes croisières. En bref, le glamour d’une époque révolue. Cette manifestation, patronnée par Cartier qui célèbre cette année son 150e anniversaire, est organisée par le Metropolitan Museum of Art de New York et le British Museum de Londres.
Fondée à Paris en 1847, la maison Cartier connaît son apogée au début du siècle sous la houlette de Louis Cartier. La branche de Londres est alors dirigée par Jacques Cartier et celle de New York par Pierre Cartier. Louis Cartier innove dans l’introduction d’un nouveau matériau précieux, le platine qui devient le support de toutes ses compositions serties de brillants et de pierres précieuses.
L’exposition s’ouvre sur une série de photographies de bijoux exécutés par Cartier. Elle met aussi en évidence les différents moules en plâtre utilisés pour la réalisation de ses créations.
Célèbre à Paris, Londres et New York, Louis Cartier tente de pénétrer le marché russe, engageant les meilleurs ouvriers et réalisant de délicates sculptures en pierres dures en compétition avec Fabergé. Opale, jade, pierre de lune, turquoise, quartz et agate sont utilisés pour créer de superbes fleurs et animaux divers. Il réalise deux œufs ornementaux, dont un destiné au tsar Nicholas II, don de la ville de paris. Cet œuf exposé est la propriété du Met.
L’exotisme devient le nouveau courant des années 20. La mode de l’Egypte, engendrée par l’excitation de la découverte de la tombe de Toutankhamon en 1922, a contribué à la création de style de bijoux d’inspiration égyptienne. L’«égyptomanie» de Cartier se traduit par l’introduction de la faïence égyptienne dans un montage moderne. Cette période est marquée par des compositions d’inspiration égyptienne, perse, chinoise, japonaise, et indienne.
L’exposition montre de fabuleuses pièces montées, tiares, diadèmes et bandeaux réalisées pour la clientèle indienne. En 1909, Jacques Cartier, en charge de la maison de Londres, traite avec les maharadjas et les potentats indiens. Selon la tradition indienne, il n’est pas de coutume de léguer des bijoux. Les pierres ancestrales sont reserties et métamorphosées dans de nouvelles formes.
Avec la montée du modernisme, le bijou devient plus un objet de design que d’opulence. Les compositions plus géométriques incorporent des lignes pures et des cercles doux. Art Deco se traduit par les contrastes opaques et translucides. Les créations sont des combinaisons inhabituelles de pierres précieuses mélangées à l’onyx agate, crystal de roche, corail et jade.
Célèbre pour le mariage insolite des couleurs, Cartier a produit d’agressives combinaisons de gemmes: corail et rubis, onyx, émail noir et lacque ou émail bleu, lapis lazuli, turquoise et saphirs ou émeraude, jade et émail vert. Au début des années 30, ces compositions, mélangées de pierres précieuses, émeraudes, rubis, saphirs et diamants par exemple, sont connues sous le nom de «tutti frutti».
Les implications politiques, économiques et sociales du krach de 1929 génèrent un changement de style. Les couleurs vives sont abandonnées, les lignes se simplifient et les formes deviennent plus solides. A la fin des années 30, l’or redevient roi, remplaçant ainsi le platine dont le prix est prohibitif. Les bijoux sont transformables, un grand collier se métamorphose aisément en bracelet et broche. Parmi les stars de l’exposition, trois pendules «mystérieuses», chefs-d’œuvre de perfection technique avec leur cadran transparent en cristal de roche au mécanisme entièrement dissimulé dans le socle.
«La vision esthétique et la suprématie technique qui distinguent Cartier durant cette période sont sans précédent», dit Philippe de Montebello, directeur du Met. Cette exposition partira en octobre prochain pour le British Museum de Londres.
S.Z.


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