«Une large coopération s’est développée entre les services du ministère de l’Intérieur et les sociétés privées de sécurité qui nous aident à lutter contre le crime organisé», a affirmé lors d’une conférence de presse le général Nikolaï Perchoutkine, adjoint du chef du département de l’ordre public au ministère de l’Intérieur.
«Mais les employés de ces sociétés sont souvent utilisés par les structures criminelles pour des règlements de comptes», a reconnu le général.
Le 11 mars 1992, le gouvernement russe approuvait la proposition du ministère d’autoriser ces sociétés, et le Parlement adoptait une loi qui leur donnait le droit de s’occuper de gardiennage d’entreprises, de la sécurité de particuliers, mais aussi de rechercher des personnes disparues et de créer des agences de détectives privés.
Depuis, plus de 3.000 sociétés ont vu le jour et elles emploient aujourd’hui quelque 115.000 personnes — dont 1.500 détectives privés — disposant de plus de 56.000 armes à feu.
Les Russes pensaient voir leur sécurité renforcée par des gardes du corps imposants et d’habiles détectives privés dignes des films hollywoodiens, mais l’euphorie est retombée au rythme de l’aggravation (sans précédent) de la criminalité en Russie.
Complicité
La difficulté principale «pour l’instant est de faire comprendre aux sociétés de sécurité privées qu’elles sont obligées de nous transmettre toutes les informations dont elles disposent sur les crimes dont elles ont été témoins», relève le général Perchoutkine.
«Il n’y a rien d’étonnant à ce que les services de sécurité cachent les informations qui sont contraires aux intérêts de leurs patrons», estime Alexandre Saveliev, analyste à l’Institut (indépendant) de la sécurité nationale et des recherches stratégiques.
En outre, les sociétés de sécurité privées servent souvent à défendre les activités illégales de leurs patrons, ou sont parfois elles-mêmes des instruments de lutte entre les groupes mafieux.
«Si vous voyez une société de gardiennage dont les effectifs ne dépassent pas, depuis trois ou quatre ans, une dizaine de personnes, vous pouvez être sûrs à 99% qu’elle a été créée pour permettre à un groupe de bandits de se servir légalement d’armes à feu, sous couvert d’une licence du ministère de l’Intérieur», affirme le général Perchoutkine.
Selon certains experts, comme M. Saveliev, «les forces de l’ordre et les structures criminelles sont souvent complices». Certains employés du ministère de l’Intérieur sauraient notamment très bien tirer profit d’informations commerciales «confidentielles» livrées par des employés des sociétés de gardiennage.
Le problème principal est l’imprécision de la législation qui fait mal le partage entre les fonctions et les responsabilités de l’Etat et des organismes privés, ajoute-t-il.
L’efficacité de ces officines reste encore à démontrer. Selon les informations du ministère de l’Intérieur, chaque année, plus de 500 hommes d’affaires meurent en Russie, victimes de luttes criminelles.
Même les plus puissants ou connus n’échappent pas au danger, comme l’influent banquier russe Ivan Kivelidi, pionnier du business russe et familier du pouvoir, tué en août 1995, et les entrepreneurs savent que les gardes du corps ne découragent que les petits agresseurs.


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