De taille moyenne, cheveux ras, Laurent-Désiré Kabila semble à première vue un «père tranquille», impression encore renforcée par un embonpoint qui contredit l’image d’Epinal du rebelle-type, mince, sportif et sec.
Né à Moba, dans la région de Kalémie (sud-est), ex-Albertville, sur les rives du lac Tanganyika, il a participé dès l’âge de 23 ans à la rébellion d’inspiration marxiste qui a embrasé le pays dans les années 1964-65.
Mais un jeune lieutenant-colonel, Joseph-Désiré Mobutu, a mis fin à cette aventure avant de prendre le pouvoir en 1965. Kabila s’est alors replié dans ses montagnes de l’est, recevant cette même année l’appui du prestigieux révolutionnaire argentino-cubain Ernesto Che Guevara.
Avec une poignée de Cubains, le «Che» voulait faire du Kivu le point de départ de la «révolution mondiale». Sept mois plus tard, il quitte l’Afrique sur un constat d’échec, qualifiant Kabila de «touriste», toujours en voyage à l’étranger.
«S’il a été déçu, il ne me l’a pas dit. Les pays sont différents, toutes les révolutions n’ont pas le même objectif», a laconiquement expliqué Kabila, lors d’un entretien le 30 janvier à Goma avec deux journalistes.
Le sens de
la formule
Souvent vêtu d’une saharienne beige et de chaussures de tennis, il est simple, ne s’entoure pas d’objets de luxe, et dédaigne la richesse ostentatoire du «nouveau riche», selon certains.
D’abord méfiant envers les étrangers, il devient vite sympathique et volubile, pose des questions aux journalistes pour savoir comment la rébellion est perçue à l’extérieur. Il s’exprime calmement — en français et en anglais —, choisit ses mots, a le sens de la formule.
Mais chaque fois qu’il parle du président Mobutu, dont il ne prononce jamais le nom, il s’enflamme et, les yeux brillants, s’approche de l’interlocuteur pour tenter de le convaincre que son adversaire n’est qu’un «dictateur sanguinaire».
De la fin des années 60 au milieu des années 90, Kabila reste dans l’ombre. «J’étais dans le maquis», aime-t-il à répéter. Mais un membre de son entourage assure qu’il a longtemps vécu en Tanzanie, au Kenya et en Ouganda.
«J’ai voyagé», admet le chef rebelle, qui dément par ailleurs avoir trempé dans des trafics d’or et de diamants entre sa région et Bujumbura, la capitale burundaise où se trouvait un important comptoir de minerais précieux.
Pour le régime de Kinshasa, Kabila, dont l’entourage est composé de nombreux Tutsis, n’est qu’une «marionnette» entre les mains du Rwanda et de l’Ouganda, le «vernis» zaïrois d’une rébellion majoritairement tutsie et tenue à bout de bras par les voisins de l’est.
Sorti de l’ombre en septembre dernier, maître aujourd’hui d’un bon tiers du territoire zaïrois, le chef de la rébellion a récemment durci sa position en réclamant un pouvoir sans partage sur le pays. Il affirme que la capitale, Kinshasa, est son prochain «objectif» après la prise de contrôle de Lubumbashi, capitale du Shaba (sud-est).


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