Les studios indépendants et les vedettes étrangères ont dominé cette année les nominations pour le titre de meilleur acteur, meilleure actrice ou meilleur metteur en scène, et Hollywood n’apparaît réellement que pour les effets spéciaux. Pour les patrons des grands studios, ce n’est pas grave car leurs films ont eu une autre récompense, plus importante encore que les Oscars: des recettes record.
«Independence Day» a coûté 75 millions de dollars mais en a récolté 306. «Twister» (85 millions de dollars) en a rapporté 241 et les recettes de «Mission: Impossible», dont le budget a été de 60 millions de dollars, se sont élevées à 181 millions. Ces chiffres ne recouvrent que le marché nord-américain. Chacun de ces films pourrait encore recueillir quelque 200 millions de dollars à l’étranger.
Les créateurs d’effets spéciaux «sont devenus les chéris de la profession», déclare Nancy Newhouse, un avocat de Los Angeles qui représente les spécialistes de l’animation et des effects spéciaux. «Chaque studio de Hollywood cherche à attirer des gens pour faire ce genre de films».
Les salaires de nombre d’entre eux ont doublé et parfois triplé en un an, atteignant plusieurs centaines de milliers de dollars. Sans eux, explique Mme Newhouse, «Il n’y aurait eu ni «Independence Day» ni «Twister». Dans «Twister», la véritable vedette était la tornade».
Chaos contrôlé
Henry LaBounta, l’un des candidats à l’Oscar des meilleurs effets visuels, explique que «le plus grand défi était de créer une tornade dans (son) ordinateur». «J’ai dû définir quelque chose qui ne présentait aucune surface solide. Nous devions animer ce chaos d’une façon contrôlée de façon à ce qu’il puisse suivre les instructions d’un metteur en scène. Nous avons créé un chaos contrôlé».
Avec leurs ordinateurs, les spécialistes des effets spéciaux ont transformé un beau ciel bleu en une tornade mortelle, soulevant poussière et débris divers et gagnant suffisamment de force pour déraciner des arbres et projeter dans les airs des maisons comme de vulgaires assiettes en carton.
Comment faire voler une vache? «Cela était facile», répond Stefan Fangmeier, lui aussi en lice pour un Oscar. «Vous la dessinez simplement à l’ordinateur. Le plus difficile était de faire en sorte que le public la verrait de la même façon que les personnages du film, à travers le pare-brise couvert de pluie d’un camion».
«Daylight», un échec commercial, a valu à David Whittaker une sélection à l’Oscar des meilleurs effets sonores pour avoir renforcé la peur créée par un mur de feu avec 90 secondes de hurlements, de cris d’animaux et de grincements de métaux.
«Inconsciemment, votre objectif est de susciter la terreur», déclare Whittaker, qui a déjà été le lauréat d’un Oscar et qui est le copropriétaire de Weddington Productions.
La tentation est de trop en faire avec le son et les ordinateurs et de ne plus rien laisser aux acteurs, explique John Frazier, sélectionné pour l’Oscar des meilleurs effets visuels et qui est un spécialiste des effets mécaniques.
Les arbres, les poteaux télégraphiques et les herses de tracteurs qui tombaient du ciel dans «Twister»? «C’était moi, déclare Frazier avec fierté. Nous les laissions tomber depuis des hélicoptères».
«Twister» a rendu possible des effets dont les metteurs en scène ne rêvaient même pas il y a deux ans, déclare M. LaBounta. Les spectateurs veulent maintenant voir à l’écran des choses qu’ils n’ont jamais vues avant. Et ils les verront».


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