A l’accueil du grand hall abritant les consultations externes, un écran tactile sert de guide; «Vous avez mal à l’estomac? Dirigez-vous vers le service de gastro-entérologie», conseille au malade l’ordinateur, flanqué par deux infirmières.
A Shanghaï comme ailleurs en Chine, l’hôpital remplace le cabinet médical, quasiment inexistant. A défaut de généralistes – formation inconnue en Chine, le patient s’adresse directement aux spécialistes, formule qui va à l’encontre des modèles prônés par les pays occidentaux.
L’établissement, qui compte 1.400 lits, doit faire face tous les jours à 5.000 consultations externes, dont le prix varie entre 3 et 8 yuans (0,3 et 1 dollar). Les listes d’attente pour se faire opérer sont longues.
«Vous pouvez attendre un an, deux ans ou toute votre vie», explique le Dr Zheng Min Hua, chirurgien formé pendant cinq ans à Strasbourg, comme de nombreux médecins à Ruijin, lié par un accord de coopération à l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP).
Shanghaï, métropole de l’est avec ses 13 millions d’habitants, compte 485 hôpitaux et 4.000 dispensaires, a indiqué un responsable de la municipalité, Liu Jun, lors des 3es Journées pharmaceutiques Chine-France. 1.000 habitants disposent en moyenne de 5,1 lits et de 3,4 médecins.
Enveloppes
rouges
Le complexe de Ruijin symbolise les disparités du système de soins en Chine, qui se sont aggravés avec l’ouverture de l’Etat socialiste vers une économie de marché: l’hôpital public cohabite avec une clinique privée, dotée de 36 lits et réservée à une clientèle d’étrangers et de Chinois fortunés.
Dans la clinique, qui ne se distingue guère d’un hôtel à plusieurs étoiles, tout est payant: les soins infirmiers et les visites du médecin s’achètent respectivement 15 dollars par jour, payables en sus du tarif journalier de base de la chambre (100 dollars).
Si les clients privilégiés de la clinique paient tout de leur poche, les patients de l’hôpital adjacent bénéficient d’une assurance maladie, à condition d’être employés par une entreprise d’Etat. Jusqu’à 3.000 yuans (370 dollars), c’est l’employeur qui paie et au-dessus, c’est la «Sécu».
Notoirement mal payés, les médecins, dont le salaire, avec primes, atteint au maximum 2.000 yuans (260 dollars), acceptent le plus souvent des «enveloppes rouges» de leurs patients, explique le Dr Zheng. «Mais si le malade n’est pas satisfait, il dénonce le chirurgien, qui est aussitôt licencié ou privé de sa prime», ajoute-t-il.
Pour endiguer la dérive des dépenses, les autorités ont imposé aux hôpitaux des plafonds budgétaires. La première année, les dépenses de l’hôpital ne doivent pas augmenter de plus de 24%, ensuite de 19% et puis de 14%. Le budget annuel de Ruijin s’élève à 400 millions de yuans (47 millions de dollars).
Si la durée de séjour d’un malade dépasse 18 jours, son médecin voit une partie de sa prime amputée.
L’hôpital de Ruijin est d’autant plus tenu de faire des économies que 10 millions de yuans (1,2 million de dollars) ont été investis pour le doter d’un système informatique instaurant une carte santé comme mode de paiement.
Côté recettes, les dirigeants de Ruijin ont su développer un véritable fonds de commerce: une partie du vaste terrain est louée au prix fort à des magasins et à un hôtel et une entreprise de taxis rapporte en outre 100 millions de yuans (34 millions de dollars) par an.


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