En plein regain de tension entre Israéliens et Palestiniens, les ouvriers viennent de mettre à jour dans la vieille ville, à six mètres sous terre, ce qui est présenté comme une voie que les pèlerins juifs empruntaient pour se rendre au Temple à l’époque romaine.
En septembre dernier, l’ouverture par Israël d’un antique souterrain longeant l’Esplanade des Mosquées avait provoqué les pires émeutes dans les territoires en trente ans d’occupation, avec plus de 80 tués palestiniens et israéliens.
Cette fois-ci, c’est fortuitement que la pelle mécanique heurta d’immenses dalles en creusant de nouveaux égouts sous l’esplanade qui s’étend devant le Mur des Lamentations, à quelques dizaines de mètres à peine du premier souterrain.
Alertés, les archéologues du Département israélien des Antiquités identifièrent les restes d’une des voies principales de la Jérusalem antique. Il s’agirait d’une rue, bordée à l’époque de colonnades et de boutiques marchandes, qui est signalée dans les cartes anciennes sous le nom de «Cardo secundos». La rue principale, «Cardo Maximos», a été mise à jour il y a une vingtaine d’années sous le quartier juif de la vieille ville.
«Il ne fait aucun doute que cette voie date de l’époque romano-byzantine et de celle du Second Temple» au Ier siècle de l’ère chrétienne, affirme le directeur du Département, le général de réserve Amir Drori.
Conscient de l’emplacement «sensible» du site, il a informé de la découverte le gouvernement, auquel il a recommandé d’autoriser la poursuite des fouilles et de les déclarer «projet national» pour le 50e anniversaire de l’Etat juif, en 1998.
«Fouilles illégales»
Les archéologues ont préparé un ambitieux plan de développement de 6 à 9 millions de dollars. Dans un peu plus d’un an, les visiteurs se rendant au Mur des Lamentations pourraient ainsi emprunter un «magnifique axe» long de 200 mètres et situé à huit mètres sous le niveau actuel.
Au bout de ce chemin en grande partie souterrain — le niveau du sol ayant considérablement monté depuis vingt siècles — les pèlerins et touristes pourraient gravir un escalier pour découvrir le Mur.
Le gouvernement de M. Benjamin Netanyahu n’a encore rien décidé, mais Yaacov Bilig, l’archéologue qui supervise sur place le travail d’une trentaine d’ouvriers, affirme «qu’il n’y a pas lieu d’en faire un scandale, s’agissant d’un projet purement archéologique et touristique».
Paula Geragnty, une jeune volontaire irlandaise de 23 ans qui travaille avec lui, conteste. Les archéologues israéliens «ne cherchent à dévoiler que l’histoire juive de Jérusalem, omettant délibérément les autres époques», selon elle.
Non loin de là, le directeur de l’Office des biens musulmans (Waqf), M. Adnane Husseini, dénonce «ces nouvelles fouilles illégales, effectuées unilatéralement par Israël dans la ville occupée de Jérusalem». Il exige leur arrêt immédiat.
M. Husseini met en garde contre une nouvelle flambée de violence: «C’est la continuation de 30 années de fouilles et Israël poursuit le même objectif qu’en septembre, ce qui nous conduira à la même situation», dit-il.
Les violences sont déjà quotidiennes dans les territoires depuis qu’Israël a mis en chantier, le 18 mars, une nouvelle colonie à la limite entre Jérusalem-Est et Bethléem.
Répondant aux affirmations israéliennes selon lesquelles le Mur est un site juif sacré, M. Husseini précise que «ce que les juifs appellent le Mur des Lamentations est en fait un site islamique, sur lequel le prophète Mahomet avait attaché sa jument Burak lors de sa visite à Jérusalem».
Le Mur des Lamentations, que les Israéliens appellent le Mur occidental, est l’ancien rempart de soutènement du Temple construit par Hérode le Grand au Ier siècle avant Jésus-Christ. L’esplanade abrite aujourd’hui la mosquée Al-Aqsa et le Dôme du Rocher, troisième lieu saint de l’islam.


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