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Actualités - Analyse

Partenariat euro-libanais : deux points en litige

Les discussions menées avec M. Rafic Hariri par le premier ministre italien, M. Romano Prodi, au cours de sa visite au Liban à la tête d’une délégation économique (Voir «L’Orient-Le Jour» des 18 et 19 mars), ont notamment mis en lumière les deux principaux points qui continuent de bloquer, et pour cause, l’adhésion du Liban au partenariat euro-méditerranéen.

Première exigence
européenne: gel
des tarifs

La partie libanaise, on le sait à présent, demande aux Européens une période de grâce de 5 ans à partir de la date de signature de l’accord de partenariat. Etant entendu qu’après ces 5 ans, les Libanais bénéficient d’une période de 12 ans, au cours de laquelle les tarifs douaniers seront progressivement diminués pour aboutir, au bout de ces 12 ans, à une levée totale des barrières.
En fait et concernant ce premier point de délai de grâce de 5 ans, il convient de rappeler que le texte en négociation entre le comité libanais ad hoc et les représentants de l’Union européenne (l’UE) prévoit, tel qu’il est présenté par les Européens, 2 ans de délai de grâce au cours desquelles le Liban n’est pas autorisé à augmenter les tarifs douaniers sur les importations européennes. Cela, quitte à ce qu’il bénéficie des douze années de préparation et de diminution progressive.
Certes, les Européens estiment que 5 ans, c’est un peu long.
Cependant ,ce n’est pas tant cette durée du délai de grâce qu’ils contestent dans les négociations mais plutôt ce que les Libanais veulent en faire. L’Etat libanais veut en effet utiliser ce délai de façon absolument flexible à l’effet de protéger ses deux secteurs industriel et agricole. Autrement dit, il veut avoir la latitude d’augmenter, s’il le juge nécessaire et quand il le juge nécessaire, les tarifs douaniers sur des importations industrielles et agricoles susceptibles de concurrencer des industries et produits agricoles locaux qui méritent, aux yeux du pouvoir libanais, d’être protégés. Cela donc ne sera pas systématique et ne concernera pas tous les produits.
Les Européens, à supposer qu’ils concèdent ce délai de 5 ans, exigent un gel des tarifs douaniers (bien entendu à la hausse) à partir de la signature de l’accord de partenariat.

L’équilibre social
du Liban

Le second point controversé dans les discussions avec les Européens, et que M. Hariri a soulevé avec M. Prodi, concerne l’assistance financière accordée par l’UE aux pays riverains du bassin méditerranéen en vertu de l’accord de partenariat. Pour les Européens, cette assistance (qui est de 100 millions d’ecus sur 3 ans) doit être allouée à chacun de ces pays, en fonction du nombre de sa population. M. Hariri a précisé à ses interlocuteurs italiens, qui en informeront les autres Européens, que le critère à considérer à cet égard, doit être celui du volume des importations. Parce que le Liban, en dépit de ses 4 millions d’habitants, fait partie des premiers grands pays importateurs de l’UE de la région. Plusieurs grands pays de la région et du Golfe arrivent bien après le Liban dans ce domaine. D’ailleurs, l’Italie, qui est le premier partenaire commercial du Liban, est bien placée pour le savoir.
Quand on invoque le volume des échanges commerciaux entre le Liban et les pays de l’Union européenne, les Européens allèguent qu’ils prennent en considération les critères sociaux, et non seulement commerciaux, pour répartir cette assistance financière. A ce propos, M. Hariri a bien expliqué aux Italiens qu’en dépit des grands projets de réhabilitation de l’infrastructure financés par l’Etat libanais, le pays connaît des problèmes sociaux considérables, celui des «réfugiés» n’en étant pas des moindres. M. Hariri a ainsi insisté sur le fait que cela coûte très cher au Liban de rétablir l’équilibre social et que cela doit être pris en considération par les Européens.
Il convient de rappeler dans ce sens que la stabilité sociale fait partie des axes majeurs, base du partenariat en Méditerranée tel que lancé déjà à Barcelone.

Examen à la loupe de la politique industrielle
libanaise

La partie libanaise estime qu’au sortir d’une guerre qui a démantelé toute son infrastructure, affectant notamment les deux secteurs industriel et agricole, il lui est tout à fait légitime d’obtenir la période de grâce requise (de 5 ans), accompagnée de conditions favorables, encourageant ses efforts de reprise. Cela aussi, le premier ministre libanais l’a bien expliqué à M. Prodi qui a dit «comprendre la situation du Liban».
Aucun doute que les Italiens ainsi que les Français soutiendront la position libanaise. Même s’ils n’en sont pas très convaincus, ils ne peuvent pas oublier, les premiers que le Liban leur achète chaque année des produits pour une valeur de 900 millions de dollars (alors que les exportations libanaises vers l’Italie ne dépassent pas les 50 millions de dollars), les seconds, l’amitié particulière qui lie le président français à M. Hariri.
Seulement, si jamais les Européens se laissent convaincre par ces thèses libanaises, ils vont aussi exiger de se renseigner sur la politique industrielle mise à l’œuvre par le gouvernement libanais pour relancer son industrie. Et les négociations porteront aussi sur un examen approfondi de chacun des secteurs industriel et agricole en question et des sous-secteurs. Cela, à l’instar de ce qui a déjà été fait avec d’autres pays (l’expérience de Malte devrait nous éclairer dans ce sens).
Les autorités libanaises, tant les ministères concernés que l’IDAL, l’institut national pour la promotion de l’investissement, se basant sur l’étude réalisée par le bureau d’expertise international «Arthur D. Little» sur la «promotion du développement industriel au Liban» (x), supervisent à cet effet l’élaboration, par ce même bureau, d’une liste des industries et sous-industries dans lesquelles le Liban peut se prévaloir d’une valeur ajoutée et être compétitif.
A priori, cela semble bien parti de ce côté- là.
En réalité, les derniers accrocs répétitifs avec l’Egypte auront aussi démontré que tous nos partenaires commerciaux, les Arabes à l’instar des autres, sont assez habitués à voir la partie libanaise «tout donner» avant de «rien recevoir». Cela, partant non seulement d’une méconnaissance du b.a.ba de la négociation mais aussi d’une ignorance de leurs propres dossiers (on n’a pas oublié la phrase, apparemment anodine, de Pelletreau aux Libanais: «Préparez vos dossiers»).
Il reste à dire qu’il est à espérer que l’on enverra aux négociations les bons négociateurs.

Nayla ABI KARAM

(x) Selon l’étude d’Arthur D. Little, le Liban devrait se concentrer sur les industries à haute valeur ajoutée et qui sont le «design», le «marketing», la distribution, le service après-vente ainsi que les secteurs de l’alimentation et des boissons, l’industrie du textile et du cuir, les métaux, les industries du bois et du papier, les industries chimiques, plastiques et céramiques, ainsi que toutes les industries touchant aux secteurs électrique et électronique.
Les discussions menées avec M. Rafic Hariri par le premier ministre italien, M. Romano Prodi, au cours de sa visite au Liban à la tête d’une délégation économique (Voir «L’Orient-Le Jour» des 18 et 19 mars), ont notamment mis en lumière les deux principaux points qui continuent de bloquer, et pour cause, l’adhésion du Liban au partenariat euro-méditerranéen.Première exigence européenne: gel des tarifsLa partie libanaise, on le sait à présent, demande aux Européens une période de grâce de 5 ans à partir de la date de signature de l’accord de partenariat. Etant entendu qu’après ces 5 ans, les Libanais bénéficient d’une période de 12 ans, au cours de laquelle les tarifs douaniers seront progressivement diminués pour aboutir, au bout de ces 12 ans, à une levée totale des barrières.En fait et concernant...