«De nouvelles stratégies deviennent pressantes pour éviter de sévères pénuries (…) qui déprimeraient la production agricole, compromettraient les besoins des secteurs industriel et privé, endommageraient l’environnement et accroîtraient les problèmes sanitaires», estime l’organisme américain de réflexion.
La menace de pénurie vient de l’essor prolongé de la consommation, depuis près de 50 ans, dont l’impact est accentué par la pollution, le gaspillage et l’épuisement des nappes phréatiques, indique l’IFPRI.
Entre 1950 et 1990, l’utilisation de l’eau a augmenté de plus de 100% sur le continent américain, de plus de 300% en Afrique et de près de 500% en Europe. Sur la planète, un milliard de personnes vivent sans eau potable et 1,7 milliard n’ont pas d’installations sanitaires adéquates.
Le nombre de pays connaissant des contraintes d’utilisation de l’eau va doubler dans les 30 prochaines années et celui des personnes va être multiplié par dix, prévoit Mark Rosegrant, l’auteur du rapport.
Selon les experts, les pays faisant face à des contraintes sont ceux dont les ressources en eau fraîche sont de l’ordre de 1.000 à 1.600 mètres cubes par personne et par an, et qui enregistrent des pénuries sévères en période de sécheresse. Les pays touchés par une pénurie sont ceux dont les ressources tombent en dessous de 1.000 mètres cubes par personne et dont le développement est entravé par le manque d’eau.
Le Population Reference Bureau, un groupe privé caritatif, prévoit que 35 pays seront touchés par la pénurie d’ici 2020, contre 20 au milieu des années 90.
M. Rosegrant cite comme exemples la plaine de Chine du Nord, où les nappes phréatiques perdent jusqu’à un mètre par an dans certains endroits, et l’Etat indien de Tamil Nadu où les pompages intensifs ont diminué le niveau d’eau de 25 à 30 mètres en dix ans.
Pourtant, l’eau ne manque pas. L’utilisation mondiale atteint 4.500 milliards de mètres cubes par an, avec un écoulement fiable disponible de deux à trois fois ce volume, sans compter les océans, les glaciers, les icebergs et l’eau perdue dans les inondations et l’évaporation.
«L’eau disponible serait certainement adéquate pour satisfaire la croissance des besoins dans le futur proche si les réserves étaient distribuées équitablement dans le monde», souligne M. Rosegrant.
«Mais de mauvaises politiques sont la principale cause de ces pénuries. La conséquence de ces politiques, comme les subventions pour l’eau, est que des millions de litres d’eau sont perdus chaque jour», s’insurge cet expert.
Le rapport préconise des réformes institutionnelles et légales, avec la décentralisation et la privatisation de la gestion de l’eau et la réduction des subventions, ainsi qu’une éducation sur la valeur de l’eau.
L’étude propose également de transférer une partie des ressources de l’agriculture vers une utilisation industrielle et domestique. L’agriculture compte en effet pour plus de 70% de la consommation mondiale en eau, plus de 90% dans les pays en développement.
«Des transferts excessifs menaceraient la sécurité alimentaire», prévient toutefois le rapport. «Des économies d’eau dans l’agriculture doivent être accompagnées par une utilisation industrielle et urbaine plus efficace», conclut-il.


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