Au micro de Radio J, l’ancien premier ministre a taxé à ce propos le gouvernement français d’«hypocrisie».
«Ce qui se passe chez Renault est un traumatisme considérable», a-t-il dit. «d’abord parce que ça concerne beaucoup de monde (...) et puis aussi parce que, qu’on le veuille ou non, Renault est une entreprise spécifique, et aux yeux des Français — pas simplement aux yeux des Français — tout ce qui se passe chez Renault a une résonance particulière».
«Il y a aussi des réactions (...) qui me paraissent empreintes d’une certaine hypocrisie, et je pense en particulier à des reactions qui ont été celles du gouvernement», a ajouté Laurent Fabius, qui a rappelé que l’Etat restait actionnaire à 46% de Renault.
Mais cette affaire soulève aussi la question de la politique européenne, a-t-il souligné.
«Si on veut continer d’avoir, comme c’est souhaitable, en Europe et en France une industrie automobile vraiment vivante, il faut se poser le problème de notre attitude, de notre stratégie industrielle, sociale et commerciale, par rapport au reste du monde», a-t-il dit. «Il est de fait aujourd’hui qu’il n’y a pas de véritable stratégie industrielle et de stratégie sociale de l’Europe, et c’est celle-là qu’il faut construire».
L’Europe, chance
de la France
Laurent Fabius a notamment souligné qu’il fallait «s’interroger très sérieusement» sur la suppression des quotas d’importations de voitures japonaises prévue dans les années à venir. «On ne peut pas, alors même que notre industrie automobile est encore fragile et le montre, laisser tout ça ouvert au vent du grand large», a-t-il dit.
Pour Laurent Fabius, l’une des leçons à tirer de l’affaire Renault-Vilvorde est que «l’Europe ne peut pas être simplement une Europe financière».
«Je tire la conséquence qu’il faut renforcer la dimension sociale, industrielle, humaine de l’Europe», a-t-il dit.
Au-delà de l’affaire Renault, l’ancien premier ministre estime que la construction européenne est la seule chance pour la France de conserver un rôle mondial.
«Je pense que la France toute seule n’a plus malheureusement la dimension», a-t-il dit. «Et donc l’Europe doit être le relais des espérances, des possibilités, des forces de la France. La France demeurera comme nation, c’est évident. Mais en même temps l’Europe permettra de continuer à avoir une stratégie d’ambition mondiale».
Enfin, Laurent Fabius s’est prononcé contre un référendum sur le passage à la monnaie unique européenne, comme le proposent, à gauche, le Parti communiste et le Mouvement des citoyens.
Mais il a estimé que le Parlement fraçais devrait se prononcer sur la liste des pays qui participeront à l’euro — le PS pose notamment comme conditions à la participation de la France celle de l’Italie et de l’Espagne.
«Je considère que ce choix très important devra être tranché par la nouvelle Assemblée nationale issue des élections (de 1998)», a-t-il déclaré.


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