Juliette qui, à 16 ans, jouait au lycée «Le Malade imaginaire», puis «Le roi se meurt», est aujourd’hui Hana, l’infirmière franco-canadienne qui veille au chevet d’un mystérieux «Patient anglais», consumé par les flammes et la passion.
L’Anna de «Fatale», l’Anna de «Mauvais sang», est à nouveau Hana, une jeune femme blessée par la perte d’un grand amour, qui soulage la souffrance de l’autre et découvre de nouvelles raisons de vivre et d’aimer dans le film d’Anthony Minghella. Ce rôle lui a déjà valu l’Ours d’argent de la meilleure actrice à la Berlinale en février dernier.
L’ado, que l’on appelait «Binoche, la reine du cinoche», a conquis des cinéastes comme Godard, Doillon, Téchiné, Malle, et même Steven Spielberg qui la voulait pour «Jurassic Park» mais à qui elle a préféré Kieslowski. Bien loin de la vamp sophistiquée, l’actrice dégage une fraîcheur, une simplicité mais aussi une sincérité et une franchise sans fard.
Pour Louis Malle, «il y a une hisoitre d’amour entre elle et la caméra, elle a une présence et une intensité stupéfiante». «Eblouissante et magnétique» pour l’un, «lumineuse» pour un autre, Juliette n’oublie jamais que «le rôle de l’acteur est de s’oublier». «Le plus beau cadeau pour moi, c’est quand je vois naître dans les yeux d’un spectateur une passion», dit-elle.
Une enfance dans le Loir-et-Cher, des parents séparés, une mère professeur qui monte des pièces et à qui elle doit sans doute une vocation précoce, Juliette monte à Paris, suit des cours au Conservatoire, fait des petits boulots.
L’histoire dit qu’elle travaillait au BHV, au rayon «bonnes affaires» de ce grand magasin parisien, lorsqu’on lui propose un petit rôle dans «Je vous salue Marie» de Jean-Luc Godard, puis c’est «La vie de famille» de Jacques Doillon et, à 20 ans, le «Rendez-vous» avec André Téchiné qui la révèle en 1985 sur la Croisette.
La jeune actrice devient la muse de Léos Carax pour «Mauvais sang» et «Les amants du Pont-Neuf», film épique et maudit dans lequel elle incarne une étudiante aux Beaux-Arts. Elle en profite pour se remettre à la peinture.
Entre les deux, «L’insoutenable légèreté de l’être» de Philip Kaufman lui offre sa première expérience étrangère. Il y aura aussi «Les Hauts de Hurlevent» avec déjà Ralph Fiennes, le «patient anglais» d’aujourd’hui.
La Julie, blessée et frémissante de «Bleu» de Krzysztof Kieslowski lui vaut un César et la Coupe Volpi à la Mostra de Venise. Elle chevauche ensuite fièrement dans la fresque romantique de Jean-Paul Rappeneau «Le Hussard sur le toit» où elle rencontre le jeune et beau cavalier Olivier Martinez.
Mère d’un petit Raphaël, l’actrice, discrète, préserve sa vie privée et son jardin secret dans une maison à la campagne.


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