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Actualités - Chronologie

Les dossiers secrets de la sécuritate roumaine bientôt ouverts au public

BUCAREST, 25 Mars (AFP). — «Camarade je rapporte que le camarade X a de quoi manger. Qu’il soit arrêté pour crime contre le régime… communiste!», décidait aussitôt l’officier de la Securitate (police politique), selon un mot d’humour noir qui circulait à l’époque de Nicolae Ceaucescu.
Aujourd’hui, les Roumains sont en passe de pouvoir consulter leurs propres dossiers établis par la Securitate et apprendre ainsi, entre autres, qui dans leur entourage leur avait transformé la vie en enfer — à l’instar du «camarade X» —, en les dénonçant à la Securitate.
C’est à l’issue de plus de quatre ans de combats parlementaires, que le sénateur chrétien-démocrate Ticu Dumitrescu a déposé tout récemment un projet de loi en ce sens, pour lequel il réclame le débat en «procédure d’urgence». Il a toutes les chances d’aboutir dans sa démarche, vu que le Parlement connaît une nouvelle majorité issue des élections de novembre — dont M. Dumitrescu est membre —, qui est favorable à l’adoption d’une telle loi.
Le texte avancé stipule notamment que «tout citoyen roumain, où ayant eu la citoyenneté roumaine entre 1945 — année de la venue au pouvoir du régime communiste — et 1989 — chute du régime de Nicolae Ceausescu —, puisse avoir libre accès à son propre dossier établi par la Securitate».
Plus encore, un «Comité national pour la consultation des archives de la Securitate» sera autorisé à ouvrir les dossiers «des personnes qui occupent des fonctions publiques ou d’Etat, à partir du président de la République et jusqu’au gouverneur de la Banque nationale».
Le Service roumain d’Information (SRI, créé en mars 1990 pour remplacer la Securitate, officiellement dissoute fin 1989) «n’est pas contre l’adoption d’une telle loi», explique son porte-parole, Nicolae Ulieru. «Le SRI ne détient qu’une partie des archives de la Securitate, le reste se trouvant au ministère de la Défense et au Parquet», souligne M. Ulieru.
Actuellement les archives de la Securitate contiennent 300.000 dossiers, soit plus de 25 kilomètres de documents mis bout à bout. Du moins ce qui reste, car en Roumanie, personne ne peut oublier, «l’affaire Berevoiesti 1990» lorsqu’une importante quantité d’archives avait été brûlée secrètement à Berevoiesti, près de Bucarest, avant que des villageois n’en avertissent les journalistes.
Mis à plusieurs reprises sur la sellette soit pour écoutes illégales, soit pour avoir poursuivi des journalistes ou hommes politiques, le SRI lutte pour se donner une image de «service de renseignements moderne fonctionnant dans les limites fixées par les principes démocratiques».
Mais, s’il se dit d’accord avec la «consultation par chacun de son propre dossier, ainsi que pour l’ouverture des dossiers des hautes personnalités par une «commission d’honneur du Parlement»», le SRI est, en revanche, farouchement opposé à la publication des listes des informateurs de l’ancienne police politique.
Car les archives conservées contiennent pas moins de «4 kilomètres de listes» avec les noms des informateurs. Ces derniers, surnommés «les yeux et les oreilles» du régime Ceaucescu, étaient à cette époque entre 100 et 150.000, selon des estimations fournies par le Parlement la semaine dernière.
«Nous ne sommes pas du tout d’accord avec la publication de ces listes. Aucun service d’informations au monde ne dénonce ses informateurs», explique le porte-parole du SRI.
De son côté, le sénateur Dumitrescu souligne que le but de la loi qu’il a avancée «n’est pas punitif». «Pour pouvoir construire une société civile digne et forte, il faut d’abord assainir les mœurs», explique ce sexagénaire à la silhouette menue dont le visage conserve les marques de 10 ans de captivité dans les geôles communistes.
BUCAREST, 25 Mars (AFP). — «Camarade je rapporte que le camarade X a de quoi manger. Qu’il soit arrêté pour crime contre le régime… communiste!», décidait aussitôt l’officier de la Securitate (police politique), selon un mot d’humour noir qui circulait à l’époque de Nicolae Ceaucescu.Aujourd’hui, les Roumains sont en passe de pouvoir consulter leurs propres dossiers établis par la Securitate et apprendre ainsi, entre autres, qui dans leur entourage leur avait transformé la vie en enfer — à l’instar du «camarade X» —, en les dénonçant à la Securitate.C’est à l’issue de plus de quatre ans de combats parlementaires, que le sénateur chrétien-démocrate Ticu Dumitrescu a déposé tout récemment un projet de loi en ce sens, pour lequel il réclame le débat en «procédure d’urgence». Il a toutes...