Pour le public venu l’écouter à l’Assembly Hall (A.U.B.), Anahid Mékhitarian accompagnée au piano par Anna Mandalian a choisi une sélection de partitions de Shubert, Mozart, Meyerbeer, Donizetti, Obradors, Strauss et des airs de Komitas, Sayat Nova, Tigranian, Tchoukhajian et Ayvazian. Programme intéressant à plus d’un niveau car la cantatrice a opté pour une musique pleine de gaieté, d’entrain, de vie, de beauté sereine marquée parfois d’une aura de prière, tout en faisant preuve d’admirables prouesses vocales qui ont charmé l’auditoire.
C’est avec l’émouvant et céleste «Ave Maria» de Schubert que le soprano a entamé son tour de chant. Accents séraphiques, incantatoires pour une prière frémissante de piété.
Vif, léger, aérien, est l’Alleluja de Mozart.
Après cette atmosphère belcantiste teintée de religion, l’aria de «Karine» d’un opéra de Tchoukhajian devait prendre la relève. Et arrive cette «Dinora» de Meyerbeer pétillante, aux inflexions espiègles et enjouées. Moment enchanteur où la voix de Mékhitarian rivalisait avec les trilles d’un rossignol amoureux... Style impeccable pour un morceau de grande virtuosité vocale. Pour se reposer un instant, le piano seul sous les doigts d’Anna Mandalian a égréné une subtile et rêveuse «berceuse» de Komitas avec juste quelques notes ramassées comme les dernières pensées qu’on traque avant de fermer des paupières déjà lourdes de sommeil…
Vibrante, brillante est l’aria de «Linda» de Donizetti avec des envolées vertigineuses. Déterminée, sensuelle, très ibérique est la complainte d’Obradors. Pour terminer la première partie, un passage léger et pétillant comme une bulle de champagne de «la Chauve-souris» de J. Strauss que les auditeurs ont eu plaisir à comparer avec ce qu’ils avaient entendu deux jours auparavant sur la scène d’Al-Bustan où se donnait ce farfelu «Die Fledermaus».
Après l’entracte, accents orientalisants et mélodies très arméniennes qui sont autant de révélations pour le public. Douceur exquise d’une poésie suave oscillant entre rêverie, blessures du cœur, et lyrique description de la nature. Anahid Mékhitarian a su contourner, avec grâce et doigté, tout sentiment tragique intempestif pour ne garder que «l’essence» d’une âme arménienne rappelant ses grandes valeurs morales et son héroïque ferveur religieuse. Impalpable tristesse, mais nimbée d’espoir. Elle a terminé avec «Erevan» d’Ayvazian, touchant la corde patriotique si sensible.
Edgar DAVIDIAN

