Le leader communiste Guennadi Ziouganov a accusé M. Eltsine d’avoir «complètement trahi les intérêts de la Russie», affirmant que les entretiens dans la capitale finlandaise avaient débouché sur un «traité de Versailles» pour Moscou.
De fait, le président Eltsine a concédé du terrain sur ses déclarations d’avant-sommet. La charte qui doit être rapidement négociée entre Moscou et l’OTAN ne sera pas un traité ratifié par les Parlements mais un simple accord politique. Pire, le président américain Bill Clinton a refusé d’exclure l’éventuelle entrée dans l’Alliance des pays de l’ex-URSS.
Le ministre russe des Affaires étrangères Evgueni Primakov a rétorqué que l’adhésion des pays baltes «briserait tout le système de relations entre la Russie et l’OTAN».
Mais pour M. Ziouganov, le pouvoir russe «peut bien agiter le doigt, il n’y a rien derrière. Il ne peut même pas verser aux militaires des soldes de misère, ou payer les retraites».
Quant aux engagements que l’OTAN devrait prendre de ne pas déployer d’armes nucléaires sur le territoire des nouveaux membres, ils laissent l’opposition sceptique. «S’ils en éprouvent le besoin, ils les oublieront, cet accord n’est pas sérieux», a déclaré Viktor Ilioukhine, le président communiste de la Commission des affaires étrangères de la Douma.
Pourtant, les opposants communistes et nationalistes ont peu de chances d’être entendus. D’autant que la rencontre d’Helsinki a confirmé le retour en forme de Boris Eltsine après les problèmes de santé qui l’ont tenu éloigné du Kremlin pendant huit longs mois.
Une image renforcée par l’accident qui a cloué le président américain dans un fauteuil roulant.
Un homme d’Etat
responsable
«Eltsine s’est présenté comme un homme d’Etat responsable, qui défendait les intérêts de la Russie», affirme Dmitri Trénine, analyste à l’antenne moscovite de la fondation Carnegie, pour lequel les concessions du chef de l’Etat relevaient en fait d’une «position de repli» préparée à l’avance.
Le président russe peut en outre se targuer de succès sur les thèmes autres que l’élargissement de l’Alliance atlantique. M. Clinton s’est engagé à «accroître substantiellement» la place de Moscou au sein du G7, le club des pays les plus industrialisés de la planète, et à garantir quatre milliards d’investissements privés en Russie.
Boris Eltsine devrait d’autant moins souffrir des accusations de «reculade» que les préoccupations de son opinion sont aujourd’hui d’ordre intérieur.
Et tandis que le président se trouvait à Helsinki, son nouveau gouvernement dominé par les libéraux cherchait avant tout à désamorcer la grave crise sociale qui étrangle le pays et contre laquelle une grève nationale est prévue jeudi prochain.
Anatoli Tchoubaïs, le nouvel homme fort chargé de l’économie, a ainsi promis de commencer à payer salaires et retraites en retard depuis des mois.
M. Eltsine devrait en outre être encouragé dans sa volonté affichée de réformes radicales par la réaction timide de la Douma qui, après avoir menacé de censurer le gouvernement, a accueilli sans broncher le premier ministre Viktor Tchernomyrdine venu défendre la nouvelle orientation.
Des «sources informées» au Kremlin affirmaient d’ailleurs à l’agence Interfax que la première préoccupation du président en rentrant d’Helsinki serait de parachever le remaniement gouvernemental censé donner une nouvelle impulsion aux réformes.


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