Les délégations étrangères qui se succèdent au Liban, depuis l’enclenchement du processus de reconstruction, viennent souvent nous vendre de «belles paroles» plus leurs produits. Le «désir d’établir des joint ventures» ou accords de partenariat avec les industriels libanais constitue ainsi l’un des éléments majeurs des discours qui sont servis, à chaque visite entreprise dans le pays, par les dirigeants politiques. Et ces derniers de relever systématiquement «la place particulière du Liban dans la politique méditerranéenne» de leur pays.
Tout cela, bien entendu pris à la lettre, devrait normalement se traduire par un traitement préférentiel en faveur (un minimum) du Liban, ce qui se s’est jamais produit. Il n’en demeure pas moins qu’une politique de promotion des «joint ventures» devrait constituer l’un des axes majeurs de toute politique d’orientation de l’industrie au Liban. C’est ce qui manque à ce secteur dont, certes, toute l’infrastructure a été démantelée pendant la guerre.
L’utilité première de ces partenariats notamment avec les Européens, et à plus long terme avec les Américains, est d’aider les industries libanaises à élaborer une politique de commercialisation d’une part et à entreprendre une modernisation de leurs produits d’autre part.
Toute politique de commercialisation doit être adaptée au marché qu’elle ambitionne de conquérir. Si l’on prend ainsi l’exemple des produits agroalimentaires, l’expérience française a montré qu’il est plus facile de pénétrer ce marché par le biais de l’approche «ligne de produits libanais» que par celle des produits pris séparément.
L’importance de
l’étalage dans
les grandes surfaces
L’expérience dans ce domaine a également prouvé l’importance de l’étalage et surtout dans les grandes surfaces, comme un élément capital de toute politique de marketing à la consommation. A ce propos, le «jumelage» en cours de réalisation, entre les industries agroalimentaires libanaise et française — objet de la visite officielle en France du ministre d’Etat pour les Affaires industrielles, M. Nadim Salem, en date du 24 février de l’année en cours — serait d’un grand apport pour les industries libanaises s’il produit ses effets. Cela, pour plus d’une raison et étant donné que la première industrie française est aujourd’hui celle de l’agroalimentaire et non l’industrie automobile ou l’aérospatiale comme on serait enclin à penser (c’est l’agroalimentaire qui réalise d’ailleurs le premier solde du commerce extérieur français).
La partie libanaise attend surtout de ce partenariat une aide au niveau de la modernisation des produits libanais en fonction des demandes du marché français et à travers lui des marchés européens. Les contacts entrepris dans ce sens entre le syndicat libanais des industries agroalimentaires et l’Association française des industries agroalimentaires (l’ANIA) augurent d’une coopération dans cette direction. Forte d’être le «modèle européen de biodiversité», l’industrie française de l’agroalimentaire apporterait son expérience à l’industrie libanaise au niveau justement tant de la diversité que du «goût». Cela serait d’autant plus encouragé par le fait que la cuisine libanaise est très appréciée par le consommateur français et à la manière dont les produits méditerranéens — la formule traiteur — se développent tant en France qu’en Europe.
Dans ce partenariat «stratégique» comme l’a qualifié M. Atef Idriss, président du syndicat libanais des industries agroalimentaires, les Libanais se chargent «d’apporter» les marchés arabes et ceux des pays où la diaspora libanaise est fortement implantée. De cette aptitude des Libanais à être les meilleurs intermédiaires de la région, les Français sont conscients. M. Victor Scherrer, président de l’ANIA et vice-président du CNPF, Conseil national du patronat français, est convaincu de «l’importance du Liban comme leader d’opinion dans la région» et de l’influence des hommes d’affaires libanais résidents au Liban et à l’étranger pour aider l’industrie française à L’introduire sur les marchés arabes.
Ce sont là d’excellents ingrédients pour aider à démarrer des partenariats avec des pays développés mais qui n’occultent pas pour autant les restructurations exigées pour ce faire de la partie libanaise et les initiatives concrètes à entreprendre dans ce sens de la part du secteur privé et de l’Etat.
Nayla ABI KARAM


À Verdun, un « sommet spirituel » pour préserver l’unité nationale... et donner un coup de pouce au pouvoir