Deux personnes ont encore été tuées par balles au cours des dernières 24 heures à Shkodra (nord) et une dizaine d’autres blessées dans cette même ville et à Tirana, selon la télévision albanaise.
Depuis le 28 février, lorsque les Albanais ont commencé à s’armer en pillant les dépôts de l’armée, au moins 83 personnes ont été tuées et plus de 600 blessées.
Une mission de l’Union européenne chargée d’évaluer les besoins de l’Albanie après la vague de violence sans précédent qu’a connue ce pays au cours des deux dernières semaines est arrivée à Tirana.
Signe de l’insécurité persistante dans le pays, la principale banque de Gjirokastra (sud) a été attaquée en pleine journée par une trentaine d’hommes armés qui ont emporté un butin d’environ 10.000 dollars, selon des sources locales.
Après les pillages des derniers jours, les banques comme les magasins ont rouvert leurs portes lundi.
En raison d’une pénurie des principales denrées alimentaires, due notamment à la fermeture des frontières avec la Grèce et l’Italie, les prix ont augmenté de 30 à 40%.
La plupart des fonctionnaires ont repris le travail à l’appel du gouvernement. Ils avaient déserté leurs postes la semaine dernière au plus fort du chaos.
Réouverture imminente de l’aéroport
Le vice-ministre de l’Intérieur, Lush Perpali, a indiqué que toutes les mesures avaient été prises en vue d’une «réouverture imminente» de l’aéroport fermé depuis jeudi dernier.
Le ministre de l’Education envisage également une reprise des cours dans les écoles et les universités interrompus depuis le 3 mars dernier, au lendemain de l’instauration de l’état d’urgence.
Le premier ministre a de nouveau demandé aux Albanais qu’ils rendent les armes volées à l’armée, dans un appel lancé à la télévision albanaise.
Plus de 5.000 armes lourdes et légères ont été saisies ou rendues ainsi que 4 millions de balles, selon le ministère de l’Intérieur.
Il en resterait jusqu’à cent fois plus en circulation, selon certaines sources.
Le risque d’une telle quantité d’armes en circulation est double: pour les Albanais qui vont prochainement entrer en campagne électorale, mais aussi pour la région déjà instable des Balkans.
Le leader du Parti socialiste, Fatos Nanon, qui a fait lundi sa rentrée politique après plus de quatre ans de prison, a cependant estimé qu’une aide étrangère n’était pas nécessaire pour aider au désarmement des Albanais.
«Les Albanais qui se sont armés eux-mêmes peuvent se désarmer d’eux-mêmes», a-t-il dit.
M. Nanon, amnistié la veille par le président Berisha, a relancé le débat sur le maintien de ce dernier à la tête de l’Etat en estimant qu’il devrait démissionner pour des «raisons morales». M. Berisha a encore exclu de démissionner ce week-end malgré les pressions des Etats-Unis.
Il s’est en revanche engagé à céder la place qu’il occupe depuis 1992 dans le cas où son parti perdrait les élections législatives anticipées qui doivent avoir lieu au plus tard en juin prochain.
L’instabilité de la situation et le manque de confiance en l’avenir ont poussé de nombreux Albanais à envisager un exil à l’étranger.
Le flux des réfugiés albanais ne s’est pas tari lundi en Italie puisqu’en quatre jours, plus de 5.600 d’entre eux ont débarqué sur les côtes du sud de la péninsule.
Un dragueur de mines albanais transportant plus de 800 personnes a coulé au large du port italien de Brindisi, mais une catastrophe a été évitée grâce à l’intervention de la Marine italienne, qui a transféré les réfugiés à bord de ses unités. La mafia albanaise organise ouvertement depuis le port de Durres, à l’ouest de Tirana, des traversées vers l’Italie.
La Grèce, qui redoute elle aussi un grand exode comme celui de 1991, qui avait vu des dizaines de milliers d’Albanais quitter leur pays, a mis sur pied lundi un «comité de coordination» chargé de gérer les problèmes nés de la crise albanaise.


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