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Actualités - Chronologie

Les survivants du camp de Tingi-Tingi

TINGI-TINGI (Est du Zaïre), 16 Mars (AFP). — Ils gémissent et se traînent, les pieds tellement meurtris qu’ils ne peuvent plus se tenir debout. Des femmes, des vieux, les joues creuses et les yeux immenses, couchés sur le côté, à même le sol, attendent la mort et n’ont plus la force de rien réclamer.
Vendredi, une cabane de bambous et de feuilles a pris feu à Tingi-Tingi, camp de réfugiés hutus rwandais largement déserté, où ne restent qu’environ 500 personnes, parmi les plus faibles et les plus désespérées.
Un vieillard, malade et mourant, n’a pas pu se lever et a été retrouvé carbonisé. Il était peut-être mort avant, disent les réfugiés, habitués à enterrer au moins 15 cadavres par jour.
Un peu plus haut vers la route, qui s’élargit à Tingi-Tingi pour devenir une piste d’atterrissage, le cadavre d’une femme, recouvert d’une couverture, gît dans une cabane. Le mari, la jambe blessée et bandée, prostré à l’extérieur, désigne le corps et montre sa peine. Les mouches s’agglutinent sur le visage sans vie.
A côté, une petite fille, le regard presque radieux, chante sans cesse d’une jolie voix «des chansons de Dieu». «Elle est traumatisée», disent ceux qui l’écoutent, d’autres affirment, en tournant leur index sur leur tempe, qu’elle a perdu la raison, en même temps que son père, sa mère et tout le reste de sa famille, disparus on ne sait où.

120.000 fuyards


Tingi-Tingi abritait encore le mois dernier environ 120.000 réfugiés hutus rwandais, qui ont tous fui lorsque la rébellion zaïroise, dominée par les Tutsis, a pris le camp.
Des femmes, des enfants, des vieillards avaient échoué là en décembre, après avoir fui en octobre, début de l’offensive rebelle, les camps de la région de Bukavu, frontalière du Rwanda, à 500km de là.
Il y avait aussi parmi eux beaucoup d’anciens militaires rwandais, les «ex-FAR» (Forces armées rwandaises), ainsi que des miliciens «Interahamwes», accusés d’avoir commis au Rwanda les pires massacres du génocide tutsi de 1994, qui avait précédé leur fuite au Zaïre.
Ces hommes se sont battus contre les rebelles. Une carcasse calcinée d’hélicoptère, celle d’un avion, attestent de l’autre côté de la piste d’atterrissage des combats qui ont eu lieu à Tingi-Tingi aux environs du 1er mars.
La petite fille devenue folle porte une veste de treillis kaki récupérée dans les cabanes du camp. Des coups de feu ont résonné en week-end entre le camp de Tingi-Tingi et celui d’Amisi, distant d’une soixantaine de km.
«C’étaient des Interahamwes, qui ont été chassés par les militaires (rebelles) zaïrois», ont expliqué les autorités, mises en place dans la ville de Lubutu après sa conquête par l’Alliance des «forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre».

Misère et douleur

Certains réfugiés revenus à Tingi-Tingi après la bataille du 1er mars, sortis de la forêt dense et inhospitalière, racontent que les miliciens les empêchaient de rentrer au Rwanda. Mais ils ajoutent que «eux, ne font pas de politique».
Après leur énième fuite éperdue, quand ils ont vu que les combats les précédaient, ils ont regagné le camp, pendant que les plus vaillants ont poursuivi leur chemin jusqu’à Ubundu, à environ 150km au sud de Kisangani, sur le fleuve Zaïre.
Des dizaines de milliers d’autres continuent d’errer dans la forêt, sans rien d’autre à manger que «quelques fruits sauvages» et des racines.
«Les militaires ne nous ont pas fait de mal, ils nous ont dit de retourner à Tingi-Tingi», explique Augustin. «Quand est-ce que les camions arrivent?», demande-t-il aussitôt à tous les étrangers qu’il croise.
Depuis quelques jours, les organisations humanitaires — Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), Programme alimentaire mondial (PAM), Médecins sans Frontières (MSF), Oxfam — rendent visite aux réfugiés.
Ils apportent des biscuits protéinés, distribuent de l’eau désinfectée et additionnée de sels de réhydratation. Ils soignent et bandent les plaies infectées, pour redonner quelques forces à ces réfugiés qui, après des mois de fuite, ne veulent plus maintenant que retourner au Rwanda.
La misère et la douleur sont plus fortes que la peur, qui les a empêchés de rentrer jusqu’à présent.
«Nous étudions toutes les possibilités pour les ramener», déclare dans le camp Craig Sanders, responsable à Goma du HCR, qui pense à des voitures, des camions ou des avions. En attendant, les réfugiés s’alignent tant bien que mal pour la distribution de biscuits.
TINGI-TINGI (Est du Zaïre), 16 Mars (AFP). — Ils gémissent et se traînent, les pieds tellement meurtris qu’ils ne peuvent plus se tenir debout. Des femmes, des vieux, les joues creuses et les yeux immenses, couchés sur le côté, à même le sol, attendent la mort et n’ont plus la force de rien réclamer.Vendredi, une cabane de bambous et de feuilles a pris feu à Tingi-Tingi, camp de réfugiés hutus rwandais largement déserté, où ne restent qu’environ 500 personnes, parmi les plus faibles et les plus désespérées.Un vieillard, malade et mourant, n’a pas pu se lever et a été retrouvé carbonisé. Il était peut-être mort avant, disent les réfugiés, habitués à enterrer au moins 15 cadavres par jour.Un peu plus haut vers la route, qui s’élargit à Tingi-Tingi pour devenir une piste d’atterrissage, le cadavre...