Jusqu’à présent, une seule affaire a conduit à des arrestations. Celles de cinq responsables de la société Titan, apparemment l’une des plus importantes «chaînes du bonheur» dites aussi «chaînes de saint Antoine», organisée par un Allemand d’origine polonaise selon un principe ancien mais infaillible: chaque victime avait bon espoir de se refaire en en recrutant d’autres.
Tout adhérent devait verser un droit d’entrée de 2.000 marks allemands. Celui qui l’introduisait dans le réseau en recevait immédiatement 450. Celui qui avait recruté le recruteur 550. Le reste allait aux échelons supérieurs.
Titan aurait réussi à piéger au total 600.000 personnes, selon les estimations de la police, soit un Polonais sur 65.
Le chiffre paraît étonnant, même si c’est la branche albanaise de Titan qui serait à l’origine des opérations similaires gigantesques qui ont plongé l’Albanie dans l’anarchie. Cependant, des témoins cités largement dans la presse polonaise confirment que des «fêtes» organisées chaque fin de semaine pendant plusieurs mois dans toute la Pologne réunissaient régulièrement plusieurs centaines de participants.
Chaque nouvel adhérent devait s’engager par écrit à garder secrètes les règles du jeu de Titan, sous peine de devoir verser 8.000 DM à la société.
En Pologne, la loi est en principe impuissante contre ce genre d’escroquerie, les adhérents versant volontairement leur contribution en toute connaissance de cause. Si les cinq directeurs polonais de Titan ont pu être écroués, c’est parce qu’ils ont recueilli des versements en devises, ce qui est interdit, sauf aux banques et aux bureaux de change.
.
Mais une partie du magot ne sera jamais récupérée, car elle a été transférée en Allemagne ou en Suisse où se trouverait le siège central du réseau, actif dans plusieurs pays. Ce transfert aurait porté sur une centaine de millions de marks.
Lors des «fêtes», tenues dans des grandes salles de réunion ou des discothèques, entourées de secret et protégées par un service d’ordre musclé, les candidats à l’adhésion subissaient pendant plusieurs heures une indoctrination «sur la volonté de vaincre, le succès et l’approche positive de la vie», avec quelques techniques bien éprouvées, entraînant par exemple le public à scander le nom de la société, «Titan, Titan». Enivrés par la musique et «l’ambiance de richesse» créée par les animateurs, ils signaient une déclaration d’adhésion sans se rendre toujours bien compte de ce qu’ils faisaient.
L’affaire Titan a révélé que d’autres «chaînes du bonheur» sévissaient en Pologne, dont notamment Skyline et WTS, elles aussi nées en Allemagne, où ses fondateurs, Roland et Elke Henning, patrons de la société-mère Herosys, ont été condamnés l’année dernière à Wuerzburg à une amende de 26.000 DM. Une somme insignifiante par rapport à leurs gains présumés.


À Verdun, un « sommet spirituel » pour préserver l’unité nationale... et donner un coup de pouce au pouvoir