Le Parti travailliste (opposition), favori des élections d’avril ou mai, a promis le plus sérieusement du monde qu’il mettra un terme à l’abus de «faux-cols» sur les bières servies dans les pubs du pays, un «manque à boire» pour le consommateur évalué à un million de livres sterling par jour.
Le chargé du Labour pour la Consommation, Nigel Griffiths, a annoncé qu’un gouvernement Tony Blair forcera les pubs à introduire progressivement des verres «surdimensionnés», de contenance supérieure à une pinte (0,567 litre), afin qu’une pinte de liquide soit effectivement servie, faux-cols en option selon les goûts.
Selon M. Griffiths, 80% des pubs du pays servent actuellement des pintes tronquées par le volume de mousse ou de crème. Une pinte sur quatre ne respecte même pas les critères agréés par l’industrie de la bière: 95% au moins de liquide dans une pinte.
Le Labour fait sienne une revendication de longue date du CAMRA (Campaign for A Real Ale) organisme indépendant qui fait campagne depuis 26 ans pour les droits des consommateurs de bière (qualité du produit, heures d’ouverture des pubs, respect des mesures, etc).
Une enquête du CAMRA, fin 1996, dans plusieurs centaines de pubs a mis en lumière l’abus de faux-cols et «l’escroquerie» d’un million de livres (1,6 million de dollars) par jour.
«La tête (head) ou faux-col fait partie à part entière d’une pinte», protestent les brasseurs. Ils plaident que le faux-col est affaire de tradition et de goût régionaux, le nord de l’Angleterre aimant un peu de crème sur sa bitter, les buveurs du sud préférant par contre leur pinte «topped up», c’est-à-dire remplie de liquide jusqu’au ras.
«Faux problème. Le faux-col est plein d’air et ne fait donc pas partie de la pinte», conteste Mike Benner, du CAMRA, même s’il convient que le brassage des bitter du nord (Yorkshire, Lancashire) leur donnant un goût généralement plus amer, s’accommodant beaucoup mieux d’un peu de crème, à l’inverse des bières du sud.
L’industrie de la bière met aussi en garde contre le coût de remplacement de tous les verres à pinte, qui ne manquera pas, selon eux d’être répercuté à la hausse dans le prix au comptoir, de 10 pence en moyenne. Pas forcément, réplique le Labour, qui prévoit d’étaler le remplacement du stock de verres sur un an ou plus, au rythme de renouvellement normal (casse, usure).
Le Parti conservateur, résolu à ne pas laisser inoccupé le terrain du pub, sans doute le plus parlant auprès des électeurs depuis le début d’une campagne amorphe, a lancé simultanément mardi une initiative à destination des consommateurs de bière, sur le maintien du prix de la pinte (1,65 Livre en moyenne).
La pinte, sur lequel le chancelier de l’Echiquier Kenneth Clarke a soigneusement évité de relever la TVA dans son dernier budget, subira une hausse moyenne de 10 pence au moins sous un gouvernement Labour, en raison de la répercussion par les brasseurs du salaire minimum promis par les travaillistes (mais non encore chiffré par Tony Blair), a mis en garde le vice-président du parti Tory Charles Hendry.
Aucun des partis pourtant, ne s’est avancé et ne s’avancera sans doute avant l’élection sur le terrain des heures d’ouverture et fermeture des pubs. «Trop sujet à controverse, trop d’influence du lobby de la tempérance», estime CAMRA, qui rappelle qu’il serait temps de repenser la célèbre cloche de fermeture de 23h00, datant de la Première Guerre mondiale, et qui n’avait d’autre but que d’assurer la bonne forme des ouvriers d’usines d’armement.


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