Le secrétaire d’Etat français à l’Action humanitaire d’urgence, Xavier Emmanuelli, arrivé au Zaïre, a lancé un «cri d’alarme» après sa visite à Ubundu (150 km au sud-est de Kisangani) vers laquelle ont afflué, selon lui, 30.000 à 40.000 réfugiés rwandais et burundais hutus.
«Sans secours organisés et sécurisés, tous, hommes, femmes, enfants en perdition, sont condamnés à mourir de faim, d’épuisement, de maladie ou assassinés par ceux qui les pourchassent depuis plus de trois mois», a-t-il prévenu.
M. Emmanuelli affirme avoir recueilli «de nombreux témoignages faisant état d’exactions» dans les zones contrôlées par les rebelles majoritairement tutsis, corroborant ainsi le rapport anonyme d’un Occidental selon qui plusieurs centaines de milliers de personnes ont péri dans les zones rebelles de l’est du Zaïre.
Les forces de Laurent-Désiré Kabila, qui ont démenti ces accusations, poursuivent pour leur part leur avancée face à une armée zaïroise que semble inexistante et à laquelle les rebelles ont réitéré lundi leur ultimatum pour qu’elle dépose les armes d’ici jeudi.
La guérilla a ainsi annoncé contrôler depuis dimanche le port de Moba, le dernier encore aux mains des forces gouvernementales sur le lac Tanganyika.
Avec Moba, ville natale du chef rebelle située à quelque 600km à vol d’oiseau de son fief, Goma (Nord-Kivu) et à moins de 200km de la frontière zambienne, la rébellion étend sa présence dans la riche province minière du Shaba (ex- Katanga) dont elle contrôlait déjà depuis plus d’un mois le port de Kalemie.
Aucune source indépendante n’avait confirmé ce nouveau succès des rebelles, dont les informations militaires se sont néanmoins toujours avérées.
Des mercenaires
Selon le secrétaire général à la «présidence» rebelle, Moïse Nyarugabo, qui accompagnait lundi le chef rebelle à Kindu — la capitale du Maniema tombée début mars — Moba a été notamment défendu par les hommes du leader rebelle hutu burundis, Léonard Nyangoma.
«Ce sont eux qui ont le plus combattu», a affirmé M. Nyarugabo, ajoutant que ces derniers se repliaient vers Mpweto, plus au sud: «Ils ne savent pas ce qui les attend là-bas, la population nous est très favorable».
Le représentant rebelle a par ailleurs déclaré que ses forces se trouvaient «aux environs» de la troisième ville du Zaïre, Kisangani. «Nous ne sommes pas très loin», a-t-il simplement indiqué, affirmant que «la population fuit Kisangani», par avion, par la route ou par pirogue sur le fleuve Zaïre.
La chute de Kisangani, base-arrière de l’armée zaïroise face aux rebelles et qui a reçu ces derniers jours d’importants renforts en hommes — mercenaires et soldats des ex-Forces armées rwandaises (FAR) compris —, pourrait sonner le glas du régime, alors que le président zaïrois Mobutu sese Seko, en France depuis le 21 février, a une nouvelle fois annoncé son intention de regagner son pays dans le courant de la semaine.
Si Kinshasa a accepté la semaine dernière le plan de l’ONU en cinq points prévoyant en premier lieu le cessez-le-feu, les rebelles ne l’envisagent que comme base de négociations et refusent toujours l’arrêt des hostilités, d’autant qu’ils semblent plutôt bien accueillis dans les zones «libérées».
Les agences et organisations humanitaires, dont l’accès aux rebelles reste restreint, tentaient lundi d’organiser les secours aux réfugiés proches des lignes de front.
Un millier d’entre eux dont des enfants, abandonnés par leurs pairs dans les camps de Tingi Tingi et Amisi (300 km à l’ouest de Goma) parce que trop faibles pour fuir de nouveau, ont été découverts dimanche en «très mauvaise condition» par une mission du Haut-commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR).
«Nous ne pouvons qu’imaginer que les réfugiés qui se trouvent ailleurs sont dans le même état», a noté le porte-parole de l’organisation à Nairobi.

