Haut comme trois pommes, vieux d’à peine six ans, poisseux, il fait partie de cette armée d’enfants lâchés à tous les carrefours de la ville, travaillant pour le compte d’invisibles crapules, hautement protégées. Planté devant un automobiliste, l’apprenti-mendiant tapote avec insistance sur la voiture. Excédé, le chauffeur baisse la vitre, lui prend l’oreille à pleine main, secoue dans tous les sens la petite tête brune, puis démarre, triomphant… Sonné, le petit rentre les épaules, baisse les yeux, se fige, comme pétrifié sur place. De longues secondes s’écoulent avant qu’il ne prenne ses jambes à son cou, rejoigne un coin de trottoir à l’abri des curieux, s’assied et pleure à chaudes larmes la tête cachée dans ses petites mains.
Scandalisée, une dame qui avait suivi la scène se gare sur le bas-côté, descend, s’avance vers lui, essaye de le consoler et lui donne quelques sous. Quels mots a-t-elle pu trouver pour alléger la peine si profonde de ce gosse sanglotant de douleur, d’humiliation, de rage, d’impuissance et de misère sans savoir ou pouvoir s’exprimer? Aussi aguerri qu’il soit par la rue et la pauvreté, un enfant éprouve un besoin naturel d’affection et de protection.
Le seul crime de cet être fragile est d’être pauvre, d’avoir des parents ignorants, d’appartenir à une catégorie de laissés-pour-compte par le fait de ce laisser-aller général qui caractérise toute république bananière uniquement occupée de béates digestions ou de querelles d’intérêts.
Le pays est un vaste chantier, ne cesse-t-on de répéter avec «fierté». On oublie qu’il est aussi une véritable passoire, un dépotoir à tous les sens du terme où la pierre passe avant l’homme, les grands projets avant le pain, la marina privée avant l’école publique, la pourriture avant l’éthique, la crapule avant l’honnête homme, l’argent sale avant toute dignité.
Mis à cette école-là, les enfants qui traînent dans nos rues deviendront fatalement des criminels, des voleurs, des violeurs, des passeurs de drogue et, s’ils «réussissent», des gros bonnets qui imposent leur loi de mafieux à d’autres. Juste retour des choses…
Haut comme trois pommes, vieux d’à peine six ans, poisseux, il fait partie de cette armée d’enfants lâchés à tous les carrefours de la ville, travaillant pour le compte d’invisibles crapules, hautement protégées. Planté devant un automobiliste, l’apprenti-mendiant tapote avec insistance sur la voiture. Excédé, le chauffeur baisse la vitre, lui prend l’oreille à pleine main, secoue dans tous les sens la petite tête brune, puis démarre, triomphant… Sonné, le petit rentre les épaules, baisse les yeux, se fige, comme pétrifié sur place. De longues secondes s’écoulent avant qu’il ne prenne ses jambes à son cou, rejoigne un coin de trottoir à l’abri des curieux, s’assied et pleure à chaudes larmes la tête cachée dans ses petites mains.Scandalisée, une dame qui avait suivi la scène se gare sur le...
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