La fabuleuse capacité de calcul nécessaire pour de telles projections — comme celle qui figure une collision entre notre galaxie et la nébuleuse voisine d’Andromède — est née de la puissance conjuguée de plusieurs super-ordinateurs travaillant en simultané aux quatre coins des Etats-Unis.
Pour les relier, les chercheurs de l’Université de l’Illinois utilisent Internet. Mais, loin de la lenteur et des embouteillages du trafic sur le réseau mondial, ils empruntent les autoroutes dégagées de l’Internet de la prochaine génération.
Ce réseau privilégié, appelé Very-High-Performance Backbone Network Service (VBNS), relie cinq centres américains d’enseignement supérieur dotés d’un super-ordinateur, en une gigantesque boucle de 22.400 kilomètres.
L’initiative a été lancée en avril 1995 par la National Science Fondation (NSF), l’agence fédérale américaine de promotion de la recherche, afin de «rendre à la communauté scientifique un peu de ce qu’elle avait donné» au public avec Internet et le World Wide Web, souligne un porte-parole de la NSF, Beth Gaston.
Le fantastique essor d’Internet repose en effet sur une histoire sans cesse renouvelée, celle d’une invention à l’usage de scientifiques léguée à des fins commerciales.
Issu de l’Arpanet, réseau sans tête développé par le Pentagone pendant la Guerre froide pour ne pas offrir la vulnérabilité d’une intelligence centralisée, Internet a gagné son statut d’instrument de communication aux mains des universitaires, dont il transmettait le courrier électronique.
Le World Wide Web, partie du réseau capable de transporter des images et du son, est quant à lui né en 1993 au CERN, le laboratoire européen de physique nucléaire à Genève, pour les besoins de ses chercheurs.
Un prototype
Les propriétés multimédias du Web n’auraient enfin jamais suffi à assurer son ascension commerciale sans un logiciel nommé Mosaïc, écrit par des étudiants, qui a rendu la navigation sur le réseau accessible aux novices.
Pour développer la prochaine génération d’Internet, la NSF a passé un accord de 50 millions de dollars sur cinq ans avec la compagnie de télécommunication MCI. L’infrastructure demeure la propriété de MCI, mais l’agence fédérale fixe les buts à atteindre et définit le rythme de déploiement du réseau.
Elle détermine ainsi qui a droit à être relié au VBNS. Les projets retenus vont d’une étude sur les changements dans la végétation du globe à une recherche sur les turbulences atmosphériques, ou à la mise au point d’un programme pour relier toutes les banques de données existantes sur les structures cellulaires.
Pour MCI, le super-réseau est «un prototype, un terrain d’essai de la technologie la plus en pointe», souligne un porte-parole de la compagnie, Robert Hoskins.
Les câbles de fibre optique sont, pour l’essentiel, déjà en place, partie du réseau de téléphone de MCI. L’acheminement à très grande vitesse des données est l’œuvre de commutateurs avancés, les points d’aiguillage intelligents du réseau, explique M. Hoskins.
Dès que possible, la technologie est appliquée au reste du réseau. MCI vient ainsi de porter la capacité du morceau d’Internet qu’il gère à 622 millions de bits par seconde, contre 155 megabits auparavant. C’est dix fois la vitesse de l’Internet classique, et 20.000 fois la puissance des modems d’aujourd’hui.
En l’an 2000, le VBNS devrait atteindre une capacité de l’ordre du milliard de bits (gigabit), soit un million de fois la vitesse de modems actuels.
Les applications que ces technologies permettent de développer trouveront une répercussion quasi immédiate dans le domaine commercial, prévoit Mme Gaston. Elles sont loin d’être mûres encore, mais qui sait ce qui ressortira d’échanges tellement complexes que les chercheurs eux-mêmes ont besoin de visualisation pour les comprendre?
Le super-réseau, quant à lui, restera le domaine des chercheurs, affirme Mme Gaston. «Nous voudrions toujours conserver une avance de plusieurs étapes», souligne-t-elle.


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