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Actualités - Opinion

Ras l'bol La passante du tout-souci..

Jeunes ou vieux, femmes ou hommes, si tous les pros de la mendicité organisée quadrillent Beyrouth et sa banlieue et font désormais partie du paysage, leur présence sur nos trajets n’en continue pas moins à nous agresser. Pour mille raisons. Les responsables, eux, préfèrent, pour leur part, appliquer la règle d’or des singes de la mythologie hindoue: «rien vu, rien dit, rien entendu». Sauf, sauf lorsqu’il s’agit de leurs «affaires»...
Il y a quelques jours, dans l’une des artères de la capitale, des centaines d’automobilistes ont pu remarquer une jeune femme, belle, droite, presque élégante dans sa modeste robe noire, le sac également noir, en bandoulière, plat comme s’il était vide. Le foulard assorti, bien noué autour du cou, encadrait un visage triste au regard embarrassé. On l’aurait prise pour une lycéenne. Elle semblait comme contrainte d’être là, errant d’un pas hésitant entre les rangées de voitures à l’arrêt d’un carrefour à une heure de pointe. Elle avançait regardant, sans paraître les voir, des automobilistes étonnés de ne pas être harcelés par cette nouvelle venue. Pourtant, elle était visiblement là pour mendier, tendre la main, insister comme tous les autres. Elle fit deux petites, deux malheureuses tentatives, comme une piteuse répétition d’un scénario mal appris. Mauvaise comédienne que cette néophyte rigide, les bras collés au corps, balbutiant une ou deux phrases incompréhensibles, et repartant sans trop attendre son reste.
Spectacle préoccupant d’une mendicité visiblement forcée. Qui interpelle, saisit aux tripes, donne envie d’aborder cette jeune personne qui aurait pu être la fille, la sœur, la copine, la voisine.
Tout simplement cette semblable vivant peut-être un drame chez elle ou en elle. L’appeler, la consoler, lui proposer de l’aide? Soudain, un sentiment de culpabilité et de honte vous retient. Allez comprendre pourquoi!
Pourtant, on sait trop bien comment certains vivent dans l’opulence alors que tant d’autres crèvent de maladie, de sous-nutrition malgré leur acharnement au travail.
«Paresse des Libanais», disait l’autre. Vraiment? Certains ne se lèvent jamais en retard pour évoquer les magouilles, les pots de vin, les abus et autres succédanés des vertus d’un establishment censé assurer une vie décente aux citoyens.
La jeune mendiante — malgré elle— n’était plus là le lendemain, ni le surlendemain, pour que nous puissions lui dire notre honte de la voir ainsi mortifiée. Lui expliquer combien une population est chaque jour humiliée, exploitée par un pouvoir pourri et déplorer son infortune, certainement moins déshonorante que l’étalage de luxe ostentatoire des nantis qui commandent.
Elle a donc disparu. L’«ultime boulot» était sans doute trop éprouvant pour sa dignité. Voilà une forme de paresse qu’ignorent les misérables qui tiennent le haut du pavé.
Hélas.

Maria CHAKHTOURA
Jeunes ou vieux, femmes ou hommes, si tous les pros de la mendicité organisée quadrillent Beyrouth et sa banlieue et font désormais partie du paysage, leur présence sur nos trajets n’en continue pas moins à nous agresser. Pour mille raisons. Les responsables, eux, préfèrent, pour leur part, appliquer la règle d’or des singes de la mythologie hindoue: «rien vu, rien dit, rien entendu». Sauf, sauf lorsqu’il s’agit de leurs «affaires»...Il y a quelques jours, dans l’une des artères de la capitale, des centaines d’automobilistes ont pu remarquer une jeune femme, belle, droite, presque élégante dans sa modeste robe noire, le sac également noir, en bandoulière, plat comme s’il était vide. Le foulard assorti, bien noué autour du cou, encadrait un visage triste au regard embarrassé. On l’aurait prise pour une...