Mais le maintien du chômage à un niveau élevé et, surtout, sa brutale et récente aggravation en Allemagne apparaissent comme une menace sur tout le processus et rendent nécessaire la mise en place de réformes ambitieuses du marché du travail.
Les «grands argentiers» de l’Union européenne ont adopté l’analyse faite la semaine dernière par la Commission européenne dans son rapport économique annuel.
Leur optimisme est étayé par la reprise économique, qui devrait atteindre 2,3% en 1997 et 2,8% en 1998, contre 1,6% en 1996, aidant la plupart des Etats membres à réduire leurs déficits à 3,0% du PIB ou moins, comme prévu à Maastricht.
«1997 devrait être l’année d’une reprise solide et durable», a déclaré le ministre français des finances, Jean Arthuis.
«On est sorti de la période de ralentissement conjoncturel qui avait duré de la mi-1995 à la mi-1996», a renchéri le commissaire européen aux Affaires monétaires, Yves-Thibault de Silguy, lors d’une conférence de presse.
Tous les indicateurs se conjuguent désormais pour raffermir une tendance qui paraît solidement ancrée.
La hausse du dollar, l’évolution modérée des salaires, la stabilité des taux de change et la baisse des taux d’intérêt à long terme — qui sont à leur plus bas niveau depuis les années 1960 et sont inférieurs aux taux américains — devraient empêcher que la croissance soit étouffée, comme elle l’a été en 1995.
La hausse de la confiance des consommateurs et des entreprises, déterminante pour la reprise des investissements, commence à peine à se faire sentir, mais l’embellie est bien là.
La commission estime donc que tous les Etats membres de l’UE ont des chances de se qualifier pour la monnaie unique, seule la Grèce étant d’ores et déjà exclue du premier cercle.
Une croissance
sans emplois
Mais le point noir du chômage, qui touche plus de 18 millions de personnes, soit 10,8% de la population active, constitue la préoccupation majeure des Quinze.
La récente détérioration de la situation en Allemagne, qui compte désormais 4,67 millions de chômeurs, soit 12% de la population active, illustre ce débat qui inquiète l’Union.
Certes, le taux de chômage n’est pas un critère du traité de Maastricht et Juergen Stark, le secrétaire d’Etat allemand aux Finances, a déclaré lundi que le déficit public de Bonn serait limité à 2,9% du PIB en 1997 malgré le dérapage du chômage.
Cette prévision était prudente et tenait compte d’une augmentation de l’armée des sans-emplois, a-t-il expliqué, et, si nécessaire, de nouvelles coupes claires seront opérées dans les dépenses prévues afin de parvenir à l’objectif.
«Je fais confiance à l’Allemagne», a dit Jean Arthuis.
Mais les Quinze ont conscience de l’urgence qu’il faut diminuer le chômage pour éviter une réaction de rejet de la monnaie unique par l’opinion publique, qui attribue — à tort selon eux — les pertes d’emplois aux réductions budgétaires.
Or, si le retour de la croissance permettra d’améliorer la situation — Yves-Thibault de Silguy a expliqué qu’un point de croissance représentait 2,7 millions d’emplois —, elle ne réduira pas le chômage à un niveau supportable.
«La croissance n’a pas d’effet véritable sur l’emploi», a souligné Jean-Claude Juncker, le ministre luxembourgeois.
«La seule bonne réponse au problème de l’emploi en Europe ce sont des réformes structurelles sur le marché du travail», a expliqué Gerrit Zalm, ministre néerlandais des Finances.
Le chancelier de l’Echiquier, Kenneth Clarke, a dès lors proposé à ses partenaires européens de copier tout simplement le «modèle anglais» de dérégulation sociale, qui a permis une baisse spectaculaire du chômage au Royaume-Uni.
Pour la Commission européenne, il faut en revanche «refuser le modèle américain» de lutte contre le chômage, qui passe par une réduction des plus bas salaires, tout comme au Royaume-Uni.
Il s’agit notamment de réduire les coûts non-salariaux de la main-d’œuvre la moins qualifiée pour enrayer le mouvement qui voit les entreprises européennes substituer le capital au travail, contrairement à ce qui se passe aux Etats-Unis.


À Verdun, un « sommet spirituel » pour préserver l’unité nationale... et donner un coup de pouce au pouvoir