Adversaire de cette interdiction, avec le Botswana et la Namibie, le Zimbabwe a récemment intensifié son combat en faveur du commerce de l’ivoire d’éléphant. Harare estime que le meilleur moyen de sauver l’éléphant d’Afrique est d’autoriser la commercialisation, sous contrôle, de son ivoire.
Ce discours gouvernemental est relayé par les médias du Zimbabwe qui ont consacré leurs gros titres à la critique de cette interdiction, affirmant qu’elle privait les caisses de l’Etat de ressources estimées à 320 millions de dollars zimbabwéens (32 millions USD).
Offensif, le gouvernement du Zimbabwe a orchestré, le week-end dernier, une série de réunions d’information à destination des médias, avec pour cible la conférence de la CITES, qui doit se tenir du 9 au 20 juin dans la capitale du Zimbabwe, à moins que l’opposition zimbabwéenne n’obtienne son déplacement en Israël.
Militant pour une reprise contrôlée du commerce de l’ivoire, Harare affirme qu’il y a beaucoup trop d’éléphants, que ces concentrations détruisent l’environnement, et qu’il est temps pour les Occidentaux, amoureux des animaux, d’abandonner la vision «romantique» qu’ils réservent à ces énormes pachydermes.
Le gouvernement estime que la vente de l’ivoire d’éléphant pourrait aider à convaincre les communautés rurales que ces animaux ne sont pas seulement des saccageurs de récoltes. Selon Harare, la commercialisation de cet ivoire pourrait également permettre de maintenir la riche diversité de la faune dans les parcs nationaux du pays.
De son côté, l’opposition dénonce la direction des parcs nationaux, en se référant à une enquête menée l’an dernier par la CITES. Selon cette enquête, des exportations illégales d’ivoire, pour une valeur de plusieurs millions de dollars ont été réalisées grâce au laxisme des contrôles gouvernementaux.
L’interdiction générale du commerce des produits issus des éléphants y compris l’ivoire et la peau, est entrée en vigueur en 1990 après que des décennies de braconnage incontrôlé eurent considérablement réduit la population des éléphants en Afrique de l’Est et en Afrique centrale.
Bonne gestion
Soutenu par deux autres pays d’Afrique australe, le Botswana et la Namibie, le Zimbabwe demandera en juin à la CITES de reconsidérer le traitement réservé actuellement aux éléphants, en levant temporairement l’application de l’appendice 1er, qui interdit le commerce, pour le remplacer par l’appendice 11, qui permet une commercialisation rigoureusement contrôlée.
Dans un communiqué adressé à la CITES, qui se réunit tous les deux ans en conférence, le département des parcs nationaux et de la faune du Zimbabwe a souhaité que cette révision soit appliquée pendant deux ans, c’est-à-dire jusqu’à la tenue de la conférence de la CITES, en 1999.
«De strictes garanties permettront au secrétariat de la CITES d’imposer à nouveau une interdiction totale si la révision est mal employée», a indiqué le communiqué.
«Nous espérons montrer à nos collègues du reste de l’Afrique qu’une commercialisation, limitée et expérimentale, de l’ivoire en provenance du Sud ne touchera pas leurs populations (d’éléphants) dégarnies, et qu’elle sera cause d’une résurgence du braconnage», a affirmé le directeur du département, Willas Makombe.
Alors que les pays d’Afrique de l’Est et d’Afrique centrale ont vu leurs troupeaux d’éléphants décimés par les braconniers, le Zimbabwe, grâce à de bonnes mesures de protection, a vu la population de ses éléphants devenir excédentaire, a affirmé Harare.
Selon le département des parcs nationaux et de la faune, il y a plus de 64.000 éléphants au Zimbabwe, ce qui est considéré comme le double de ce que le pays peut abriter sans dégât sur l’environnement.
«Le Botswana, la Namibie et le Zimbabwe ont tous augmenté leurs populations d’éléphants grâce à de bonnes techniques de gestion, et croient que la plus importante cause des problèmes de protection des éléphants sont les aires d’habitation rétrécies et le conflit avec les hommes», a déclaré le communiqué.
Cependant, certains observateurs assurent que le Zimbabwe a surestimé le nombre de ses éléphants et que de toute façon le département des parcs nationaux et de la faune se trouve dans un tel désarroi qu’il est incapable d’empêcher les abus dans le cadre d’un commerce sous contrôle.
Les avocats du maintien de l’interdiction générale ont estimé qu’il serait en pratique impossible de contrôler un commerce limité et que l’ivoire de braconnage trouverait une fois de plus sa place sur le marché.
En Afrique du Sud, le parc Kruger, qui abrite 8.300 éléphants soit la quasi-totalité de l’espèce dans le pays, a suspendu l’an dernier sa politique d’abattage des pachydermes pour multiplier les coûteux programmes de déplacement. Jusque-là, quelque 600 éléphants étaient tués chaque année pour contenir la prolifération de l’espèce et protéger la flore du parc.


À Verdun, un « sommet spirituel » pour préserver l’unité nationale... et donner un coup de pouce au pouvoir