Car ce qui n’était jusqu’ici qu’un soupçon s’est brusquement concrétisé ces derniers jours. En 1992, plusieurs habitants du village ont bel et bien payé des néo-nazis pour incendier un bâtiment qui devait accueillir des demandeurs d’asile africains.
Un fleuriste, Thomas O., arrêté fin janvier, est passé aux aveux. Il a reconnu avoir versé 2.000 DM (1.259 dollars) à un jeune skinhead pour incendier le bâtiment, puis 10.000 DM (6.250 dollars) en échange de son silence.
Trois autres habitants du village ont été également interpellés. Marko. S, un skinhead de 23 ans, a reconnu avoir bricolé les cocktails Molotov utilisés dans l’incendie. Son beau-père, 45 ans, est soupçonné d’avoir fourni l’explosif et un électricien de 48 ans d’avoir donné de l’argent.
La justice a pu remonter jusqu’à eux grâce à l’incendiaire, Silvio J., 23 ans, qui a été condamné en 1996 à deux ans de prison avec sursis pour les faits et qui s’est mis subitement à parler.
Avec ce déballage judiciaire, Dolgenbrodt et ses 280 habitants se retrouvent de nouveau sous le feu des projecteurs, comme en 1993 lorsque les premiers soupçons étaient apparus dans la presse.
Une fête
Au premier abord, rien ne semble pouvoir troubler la tranquillité de ce village (50 km au sud-est de Berlin). En ce mois de février, le lac est plongé dans sa torpeur hivernale. Yachts et barques ont été remisés le long des chalets aux toits de chaume qui bordent les rives.
Dans les rues pourtant, les visages sont fermés, les regards fuyants. Face à l’afflux des journalistes, l’accueil est glacial. «Je n’ai rien à dire, laissez-moi tranquille. Demandez au maire», répond un homme abordé par une équipe de télévision.
Dolgenbrodt aimerait bien pourtant redevenir un village comme un autre. Pour s’en convaincre, il a organisé d’ailleurs une fête de village, avec défilé costumé et fanfare.
L’ambiance aidant, les habitants se décontractent et se font plus bavards. «Il n’y a rien ici, pas de magasin, pas de transport en commun. Qu’auraient fait 86 demandeurs d’asile au milieu de 278 habitants?», demande une riveraine du foyer incendié.
«C’était mieux ainsi pour tout le monde», confie-t-elle, soulagée. «Il a rendu service au village», ajoute son compagnon, à propos du fleuriste.

