La priorité à accorder à l’aboutissement du processus de paix régionale est souvent soulignée par M. Michael Stephen, parlementaire conservateur et membre du «Groupe des parlementaires libano-britanniques» (The Lebanon-Britain All Party Parliamentary Group). Cela, au cours du déjeuner tenu à la «Churchill Room» en présence également de M. John Gunnell, parlementaire travailliste et membre également du «Lebanon-Britain All Party Parliamentary Group».
MM. Stephen et Gunnell ont déjà effectué, le premier un séjour, le second deux séjours, au Liban où ils ont accompagné des «trade missions».
Bien sûr que le Liban les intéresse et bien sûr qu’il faut développer, tant avec Beyrouth qu’avec les autres capitales de la région, les relations bilatérales mais les politiques britanniques «approchent» la «région» comme un bloc et un «bloc politique», d’abord et surtout. Par conséquent on ne peut ignorer la grande influence de la Syrie au Liban. La Syrie n’a-t-elle pas le pouvoir de bloquer ou de débloquer le processus de paix dans la mesure où elle contrôle le Hezbollah au Liban?
Ici, comme ailleurs en Europe et en Amérique, la «fascination-Assad» opère. Le président syrien, qui hésite (pour le moins) à se rapprocher des Etats-Unis en raison de la nature de leurs biens avec Israël, pourrait plutôt bien accueillir une initiative britannique visant à débloquer les négociations de paix. L’Europe doit jouer au Moyen-Orient un plus grand rôle pour accélérer ce processus régional. Cette ambition politique s’inscrit d’ailleurs fidèlement dans l’esprit du partenariat euro-méditerranéen. Dans ce cadre et une fois la paix établie, Beyrouth, certes, et en raison de toutes ses spécificités traditionnelles notamment de libre-échange, libertés d’expression et cosmopolitisme, jouera un rôle prééminent. Cela, d’autant plus au regard du développement des travaux de reconstruction dans la capitale que les deux parlementaires disent avoir constaté lors de leur visite. Aussi, dans cette optique européenne, la présence et la place historique de la France au Liban sont reconnues mais «cela ne nous empêche pas d’agir à l’effet de développer les relations bilatérales avec les Libanais», affirme M. Stephen.
Une politique de
marketing, nécessaire
sur le Liban
Le gouvernement libanais devrait inviter au Liban les journalistes et la presse étrangère pour leur faire connaître ce pays à grand potentiel. C’est là la substance des propos tenus par M. Ian Walker, «chief executive officer» de MEC, «Middle East Consultants», qui est un bureau de consultations et de recherches, regroupant des spécialistes sur les pays de la région. MEC agit selon 3 axes principaux: les «évaluations-pays» (country asserments) les recherches sur les marchés (market-research) et les études de faisabilité ainsi que les «investigations».
Parmi les clients de MEC, figurent notamment le Conseil de coopération du Golfe, le gouvernement britannique, la Commission européenne, le gouvernement du Koweit et pour le Japon le «Long-Term Credit Bank of Japan», et la «Japan Export Trade Organization».
Selon M. Walker, qui évalue justement la situation économique et financière du Liban de par une connaissance plutôt claire du pays, il est prioritaire de plus informer sur le Liban, dans le cadre d’une stratégie de marketing globale sur le pays. M. Walker estime, que pour qu’il y ait un retour de la confiance de la part des pays étrangers, il faut déjà qu’il y ait beaucoup plus de retour de Libanais de l’étranger qui investissent dans le pays et refassent de Beyrouth la plaque tournante du «business» dans la région.
Si pour les journalistes britanniques rencontrés à Londres, il est «difficile» d’évaluer la politique économique suivie au Liban, le cas libanais n’est pas un à part dans la région. Dans ce sens par exemple, le cas jordanien est aussi complexe.
M. David Gardner, «Middle East Editor» au «Financial Times», qui connaît bien le Liban, la Syrie et d’autres pays de la région, estime que le Liban a la vocation de jouer un grand rôle dans le cadre d’un marché commun arabe. Dans cette optique d’intégration régionale, les Libanais peuvent agir, de par leur expérience, tant au niveau du commerce qu’au niveau des négociations sur les échanges. M. Gardner voit l’avenir financier du Liban, bien plus en «capital market» qu’en «banking market». «Le Liban, poursuit-il, est la fenêtre ouverte de la Syrie sur le monde». Cela, au double plan économique et politique. (Pour ses 8 éditions internationales, le «Financial Times», tire à 130.000 exemplaires par jour).
Les banques et les banquiers libanais sont très inventifs, estime-t-on «au département du Moyen-Orient de l’E.I.U, l’«Intelligence Unit» de «The Economist». Tant M. Andrew Gilmour, «senior editor-economist» et M. Chérif Cordahi «deputy editor», soulèvent le problème de l’absence de statistiques au Liban. Déjà qu’il n’est pas facile de comprendre l’économie libanaise. Une économie offshore et fortement «dollarisée». Beyrouth a certes vocation à jouer un rôle comme centre bancaire mais ce rôle ne sera sans doute pas aussi large que les Libanais le souhaitent. Beyrouth est déjà concurrencé dans ce sens par Le Caire et Casablanca. De plus, aujourd’hui les pays arabes vont directement sur les marchés internationaux. Le Liban, estime M. Gilmour, devrait encourager aussi d’autres secteurs que celui financier notamment, celui des «services» et des «industries nouvelles» et surtout développer des «réglementations modernes» susceptibles de créer un climat attractif et favorable aux entrepreneurs internationaux.
L’Association des
banquiers arabes
On n’a pas fini de constater combien la solidarité arabe est effective en dehors du monde arabe. «L’Association des banquiers arabes» l’ABA de Londres, est une belle illustration.
Mme Saleha Lahiani Dao (algéro-libanaise), vice-présidente de l’ABA et en charge du Corporate Commercial Banking d’«Al Rajhi Investment Corporation Limited», explique à «L’Orient-Le Jour» les principaux objectifs de l’ABA. Il s’agit notamment de promouvoir les économies du monde arabe (dans ce sens, l’ABA organise régulièrement séminaires et conférences). Il s’agit aussi de mettre en contact tous les professionnels arabes de la Banque et des Finances qui se trouvent à Londres et qui adhèrent à l’ABA. Les mettre en contact entre eux d’abord et avec les professionnels sur la place londonienne. L’ABA qui publie un magazine trimestriel: «Arab Banker» et organise des dîners mensuels, compte pas moins de 170 membres (jeunes pour la plupart) dont plus de la moitié sont Libanais.
Il est également à noter que des visites et entretiens à la «Banque d’Angleterre» (la prestigieuse vieille Dame), à la «Confédération de l’industrie britannique» (la puissante CBI, véritable force de pression), au «Mouvement Européen», à l’ICC, «The International Chamber of Commerce-UK» et à la SIB, «The Securities and Investments Board» l’équivalent de la COB française, nous ont également éclairé sur l’économie de la Grande-Bretagne et nous ont permis de comprendre pourquoi cette économie vit une croissance, sans pareille actuellement en Europe, et qui est appelée à durer pour, en tout cas, un certain temps.
Nayla ABI KARAM


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