Mais la méfiance n’est pas près de disparaître et la coalition d’opposition Ensemble, persuadée d’avoir affaire à une nouvelle manœuvre, a réitéré son intention de ne pas mettre fin dans l’immédiat à ses manifestations de masse.
A la suite de l’adoption, mardi soir, d’une «loi spéciale» reconnaissant toutes les victoires électorales de l’opposition conformément à un rapport de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), le président de la commission électorale de Belgrade a annoncé que la coalition Ensemble avait officiellement remporté 67 des 110 sièges au conseil municipal de la capitale.
Les socialistes au pouvoir en Serbie et leur allié, la Gauche yougoslave (JUL), ne détiennent plus que 24 sièges.
Belgrade a été la première des quatorze villes désignées par la «loi spéciale» où la victoire de l’opposition aux élections municipales de novembre est ainsi validée.
Le président du Parlement Dragan Tomic a désormais cinq jours pour convoquer la session constitutive du Conseil municipal, qui devra se tenir au plus tard dans les dix jours suivants.
Crainte de manipulations
Les commissions se sont également réunies pour entériner les victoires de l’opposition à Pirot (sud) et Soko Banja (sud-est).
La représentante d’Ensemble au sein de la commission électorale de Belgrade, Milica Nedeljkovic, s’est félicitée de cette validation, estimant qu’elle «reflète la volonté des électeurs».
Mais les dirigeants de l’opposition avaient clairement fait savoir qu’ils estimaient être confrontés à une nouvelle machination.
«La loi spéciale permet de nombreuses manipulations. Si cela se vérifie, nous continuerons les manifestations», a assuré Vesna Pesic, présidente de l’Alliance civique, l’un des trois dirigeants de la coalition.
«Nous craignons que le régime ne nous accorde pas le véritable nombre de mandats (de conseillers municipaux) que nous avons remportés. Ils (les autorités) pourraient utiliser des résultats préliminaires qu’ils auraient préalablement falsifiés», a-t-elle précisé.
«Je suis persuadée que si les manifestations cessent, ils vont commencer la répression», a ajouté Mme Pesic, proposée cette année pour le prix Nobel de la paix par le bureau international de la paix de Genève.
Pour sa part Zoran Djindjic, président du parti démocrate (DS, autre composante de la coalition), pressenti pour le fauteuil de maire de Belgrade, a estimé que «cette loi spéciale ne fera pas baisser la tension, c’est une manœuvre des socialistes pour regagner de l’espace».
«Ils ont adopté cette loi sous la pression, mais ils préparent de nouvelles attaques pour tout regagner», a-t-il ajouté.
Si les dirigeants de l’opposition consentent à envisager à terme de mettre fin aux manifestations, ce ne sera en aucun cas avant que le dernier Conseil municipal de la dernière ville qu’ils ont remportée soit constitué, avec le nombre de sièges qu’ils estiment avoir obtenus, ont-ils répété.
S’ils obtiennent satisfaction, ils envisagent ensuite de porter le débat sur le contrôle des médias.
En effet, la loi yougoslave prévoit que la plupart des stations de télévision et de radio locales dépendent des mairies. Aujourd’hui étroitement soumises à la tutelle du régime, elles pourraient, si elles passent à l’opposition, constituer une arme redoutable en vue des élections générales et présidentielle, prévues avant la fin de l’année.
Une source diplomatique occidentale a indiqué jeudi que le président Milosevic avait placé le contrôle des médias au-delà d’une ligne rouge qu’il n’entendait franchir à aucun prix.
Dans ce contexte, la poursuite de la confrontation et des manifestations semble inévitable. D’autant que Vesna Pesic a assuré que «notre objectif va bien au-delà des municipales: il est de démocratiser la société».


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