M. Alarcon, un avocat de 50 ans, a en fait été élu à la présidence par le Congrès des députés pour la deuxième fois en six jours.
La première, jeudi dernier, avait été précédée par la destitution par le même Congrès de l’excentrique président Abdala Bucaram déclaré «dément».
Le refus immédiat de ce dernier d’obéir à la décision, qu’il avait qualifiée de «coup d’Etat civil», et l’annonce fracassante par la vice-présidente Rosalia Arteaga qu’elle s’autoproclamait présidente avaient créé la plus grave crise institutionnelle jamais connue par ce pays andin de 11,7 millions d’habitants.
Entre-temps, M. Bucaram, lâché par l’armée, est finalement parti tandis que Mme Arteaga était nommée «présidente provisoire» dimanche.
Restaient face à face M. Alarcon et Mme Arteaga qui entendaient tous deux occuper le poste de chef d’Etat à titre intérimaire, cette dernière affirmant qu’il fallait changer la Constitution, muette sur l’intérim du président de la République.
Au terme de cette épreuve de force, la démission de Mme Arteaga, peu avant que M. Alarcon soit désigné par les députés, laisse peu de chances à celle qui est redevenue vice-présidente d’avoir le dernier mot sur son rival, estimaient les observateurs.
Mme Arteaga a réclamé, en démissionnant, la tenue dans les 90 jours d’une «consultation populaire» qui devra répondre en résumé à la question: «Etes-vous d’accord pour dire que, en cas d’absence définitive du chef de l’Etat, c’est la vice-présidente qui doit prendre sa place». Autrement dire, elle-même.
Il semble douteux aux observateurs politiques que cette consultation puisse avoir lieu, ou du moins avec les questions proposées.
Quant au président déchu, M. Abdala Bucaram, 45 ans, qui continue de «dénoncer la dictature civile en Equateur», les analystes ne lui donnent guère de chance non plus de revenir au pouvoir, même s’il a entrepris mardi par le Panama un périple international, pour réaffirmer qu’il reste le «seul président légitime.
Le défi économique
et social
La crise avait débuté par une grève nationale générale de deux jours mercredi et jeudi derniers pour protester contre des augmentations exorbitantes des tarifs des services publics, décrétées par M. Bucaram.
«Assez de cirque Abdala, on veut du pain», scandaient 2 millions de manifestants jetés dans les rues de tout le pays, tandis que le Congrès, lassé des excentricités de M. Bucaram, s’apprêtait à le déclarer, en cinq minutes, «incapable physiquement et mentalement» d’assumer la présidence.
Il n’avait été au pouvoir que six mois, après avoir remporté avec une confortable majorité de 54% les élections générales de juillet dernier.
Sa décision de rester au pouvoir, l’élection de M. Alarcon et l’autoproclamation de Mme Arteaga, avaient laissé les Equatoriens perplexes en se découvrant vendredi dernier à l’aube avec 3 présidents, clamant chacun sa «légitimité».
Ce fut finalement l’armée qui, sans tirer un coup de feu, et par simple persuasion, parvint à faire partir M. Bucaram, rentrer provisoirement dans le rang M. Alarcon et satisfaire pour trois jours les appétits de pouvoir de Mme Arteaga.
La tâche qui attend maintenant M. Alarcon reste considérable. II devra organiser des élections générales avant le 10 août 1998 et peut-être lancer une réforme de la Constitution qui a montré ses lacunes.
M. Alarcon devra surtout relever le défi économique et social dans un pays où plus de la moitié de la population vit dans la pauvreté.


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