Personnalité haute en couleur, le président Bucaram avait déclaré récemment: «Je suis un fou». L’opposition estime que cela suffit pour justifier sa destitution sans avoir à le soumettre à un examen médical.
Déterminé à gérer l’Equateur d’une main de fer, réputé pour ses extravagances, passions et sautes d’humeur, cet avocat de 45 ans, fils d’un commerçant d’origine libanaise et d’une Equatorienne, marié et père de quatre fils, se décrit ainsi: «J’ai bon caractère parce que j’aime les gens (…). J’ai d’excellentes relations avec ma famille, je suis un bon père et je serai bon avec mon pays».
Mesurant 1,81 mètre et arborant une moustache taillée «à la Hitler», M. Bucaram, qui fut champion équatorien junior du 100 mètres plat en 10”5’, est doté d’un grand charisme et manie avec adresse l’art de la rhétorique, réduisant ses adversaires politiques en cendres grâce à des paroles bien senties.
Faisant montre d’un dynamisme inaltérable ainsi que d’une grande agressivité, il n’a pas hésité, lors de la campagne électorale, à traiter son adversaire, l’avocat de droite Jaime Nebot Saadi, «d’assassin» et de «corrompu».
En conséquence, la cour suprême d’Equateur a accepté le 28 janvier l’instruction d’une plainte contre le président déposée par M. Nebot, accusé de corruption par M. Bucaram.
Outre le sport et la politique, ce producteur et exportateur de mangues, qui reconnaît être à la tête d’une fortune personnelle de 2 millions de dollars, s’est également illustré autrefois par une carrière de chanteur.
Excentrique au possible, s’autoproclamant le président des pauvres et l’ennemi des oligarchies, il a décidé en septembre d’offrir son salaire de fonction à des mendiants de Quito jusqu’en l’an 2.000. Quelques jours plus tard, l’un de ses fils, Abdala Bucaram junior (14 ans) a été légèrement blessé par balle lors d’un attentat.
Aujourd’hui à la tête d’un gouvernement de plus en plus impopulaire, «El loco» a notamment inscrit dans le programme de réformes politiques, économiques et sociales présenté en décembre l’interdiction de la boxe professionnelle, des corridas et de la pornographie à la télévision et au cinéma.
Mais des mesures économiques jugées inflationnistes, également annoncées dans ce progamme, ont déclenché mercredi une grève générale de 48 heures.
Les Equatoriens demandent également au Congrès de trouver un mécanisme démocratique pour destituer M. Bucaram.
«El loco» pourrait dès lors ne plus affectionner son surnom, car l’article 100 de la Constitution prévoit la destitution du chef de l’Etat par le Congrès pour incapacité physique ou mentale de gouverner.
Fondateur en 1982 du Parti populiste «Roldosiste» (PRE), du nom de son beau-frère et président Jaime Roldos (tué dans un accident d’avion en 1981), M. Bucaram fut également maire de Guayaquil sa ville natale, et candidat malheureux aux élections présidentielles de 1988 et de 1992.


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