Dans les faits, les opérations de vote ont commencé dès jeudi, car il est de tradition au Tchad que tout scrutin s’ouvre avec le «vote des nomades», où des bureaux de vote ambulants vont recueillir, en véhicules tout terrain, en hélicoptères ou à dos de chameau, les suffrages des quelques milliers de personnes qui emmènent leurs troupeaux d’un pâturage à l’autre dans les régions désertiques du pays.
Ouverte le 12 décembre, la campagne électorale a été close le 31 décembre et s’est déroulée sans incidents majeurs.
Marquée par les habituels meetings publics et réunions de quartiers, souvent agrémentées d’orchestres, et par les déclarations radio-télévisées, elle n’a pas provoqué de véritable engouement, comme si les Tchadiens, qui ont déjà voté à trois reprises en 1996 — le référendum constitutionnel en mars, les deux tours de la présidentielle en juin et juillet — commençaient à faire preuve d’une certaine lassitude.
La campagne s’est en fait déroulée à deux niveaux. Sur le plan national les deux grandes tendances en présence — le Mouvement patriotique de Salut (MPS) du président Idriss Deby et ses alliés, et l’opposition — ont poursuivi la lutte qu’elles mènent depuis le scrutin référendaire. Pour les partisans du président, il faut doter le pays d’institutions fortes et durables, et l’envoi à l’Assemblée d’une majorité de députés soutenant Idriss Deby, renforcera les efforts de stabilisation et de développement et effacera peu à peu les séquelles de 25 ans de guerres civiles.
Ecoles, dispensaires
et routes
Du côté de l’opposition tous les ténors se présentent en général dans leur région d’origine, où ils devraient être élus sans grands problèmes.
Pour eux, il est nécessaire de se défendre contre la trop grande centralisation, et la trop grande concentration des pouvoirs aux mains d’Idriss Deby. Dans le régime semi-présidentiel mis en place par la constitution, l’Assemblée nationale dispose de prérogatives certaines, puisque le gouvernement est responsable devant l’Assemblée, qui «contrôle son action». Une opposition bien représentée à l’Assemblée permettra donc un meilleur équilibre des pouvoirs.
Mais la campagne s’est également déroulée au niveau de chaque préfecture et de chaque canton, et les candidats n’ont pas manqué de promettre à leurs électeurs écoles, dispensaires et routes.
S’ils ont créé en septembre une Convention de l’opposition démocratique (CODE), les partis d’opposition se rendent à ces législatives en ordre dispersé. Il n’y a pas d’accord au niveau national mais seulement des ententes au niveau local entre deux ou trois partis.
Une trentaine de partis, sur la soixantaine que compte officiellement le pays, présentent des candidats. Mais seul le MPS sera présent dans les 59 circonscriptions, avec selon les circonstances des alliances.
Cette élection, en deux tours, des 125 députés, mettra un terme à la longue période de «transition vers la démocratie» inaugurée par la Conférence nationale souveraine qui s’est tenue de janvier à avril 1993. Il ne restera plus ensuite qu’à mettre en place un Sénat, un Conseil constitionnel et une Haute cour de justice.
Le président Deby semble donc en passe de réussir son pari: dès la fin de 1995 il a œuvré pour accélérer le processus, allant à l’encontre des hommes politiques qui souhaitaient faire durer la transition le plus longtemps possible et étendre leur assise.
Le calme qui a régné depuis le début de cette longue période électorale semble indiquer que les Tchadiens ont suivi leur président dans la volonté d’installer les institutions dans la durée.


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