«Dans l’histoire serbe récente, aucun homme d’Etat n’a connu en si peu de temps une telle gloire, une telle puissance et un tel déclin. Et aucune femme n’a eu une telle emprise sur les affaires de l’Etat», écrit l’auteur de ce livre, Slavoljub Djukic, ancien journaliste du quotidien Politika.
«Sans Mira, il n’y aurait pas eu se leader serbe nommé Milosevic (…) C’est elle qui a programmé sa carrière, nourri ses ambitions et inspiré nombre d’événements en Serbie», assure-t-il.
«Lui, elle et nous», c’est «l’histoire d’un chef incapable de résister à la volonté de sa femme (…) qui, elle, finit par s’ériger en chef».
En 1968, observant dans une vitrine de magasin le sacro-saint portrait de Tito, Mira Markovic confie à une amie interloquée: «C’est le portrait de Slobo que tu verras ici un jour».
Aujourd’hui, selon l’auteur, des portraits de Tito et de Lénine ornent le bureau de Mira, communiste jusqu’au bout des ongles. Dans son bureau à lui, en revanche, il y a un seul portait: celui de sa femme.
Slobodan et Mira se sont connus il y a quarante ans. «Ils ont passé leur jeunesse ensemble, ils ont conquis le pouvoir ensemble et l’ont partagé. Leur fin sera commune», prédit Slavoljub Djukic, dont c’est le troisième livre consacré aux Milosevic.
Les Serbes, note-t-il, «ont confié leur destin à Slobodan Milosevic, l’ont couvert de gloire, lui ont conféré sa puissance, devenant ses complices puis des victimes (…), avant de s’insurger contre un régime antidémocratique».
Slavoljub Djukic brosse des portraits politiques peu flatteurs du couple présidentiel.
«Dans les affaires de l’Etat, écrit-il, Slobodan Milosevic n’essaie pas de trouver un équilibre entre sa puissance et ses possibilités. Il fait tout avec un retard inexplicable (…) Il ne se fie qu’à ses propres jugements (…) Il ne planifie rien à long terme et n’anticipe pas. C’est un technicien typique du pouvoir, maître des traquenards, invincible sur un espace réduit et un perdant lorsqu’il a le champ libre».
Milosevic, assure-t-il, «ne respecte que ce qu’il craint, et c’est par des pressions et par la force que l’on peut obtenir le plus de lui (…) L’Occident l’a compris qui a répondu à la force par la force».
Le président serbe «sème le désordre et réussit à convaincre le peuple que lui seul est capable de le sauver. Il est à la fois pyromane et pompier». «Il méprise tellement les autres formes de pouvoir, le Parlement, le gouvernement, les ministères, qu’il n’éprouve même pas le besoin de montrer au monde qu’il tient à la démocratie».
Son épouse, estime l’auteur, est une personnalité bien plus complexe. Elle prône la justice sociale, mais rechigne à s’engager dans des actions humanitaires et dirige le parti (la Gauche yougoslave, néo-communiste) «le plus riche du pays», qui réunit l’élite du monde des affaires.
«Les communistes orthodoxes ne lui font pas confiance et les anticommunistes la détestent», affirme-t-il.
C’est elle, à en croire l’auteur, qui est à l’origine de la rupture, en août 1994, entre Milosevic et les dirigeants serbes de Bosnie et de la brouille avec le premier ministre du Monténégro Milo Djukanovic, qu’elle qualifiera de «voleur».


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