Les quelques secondes d’images télévisées montrant mardi soir M. Eltsine à son bureau du Kremlin n’ont apaisé que les rumeurs les plus extrêmes, donnant le chef d’Etat mourant, et sans doute ne visaient-elles pas d’autre but.
«Ces images ont été diffusées pour calmer l’opinion, mais il est évident que M. Eltsine ne s’est pas remis. Le Kremlin ne peut pas cacher la vérité et le monde entier a pu voir dans quel état était le président», note Andreï Zobov, analyste de la fondation Carnegie à Moscou.
Le Kremlin se satisfait pourtant de cette politique, qui paraît dictée par l’urgence, depuis la dernière hospitalisation du président russe, du 6 au 20 janvier.
Contre toute vraisemblance, la présidence avait ainsi assuré que M. Eltsine — qui fêtera ses 66 ans samedi — se rendrait à La Haye pour un sommet avec l’Union européenne les 3 et 4 février, avant d’annoncer in extremis lundi l’annulation de ce déplacement.
Une rencontre avec le président français Jacques Chirac, prévue dimanche dans les environs de Moscou, est à ce stade maintenue, mais là encore tout sera fait pour montrer le moins possible le chef de l’Etat russe.
Contrairement aux entretiens avec le chancelier allemand Helmut Kohl, le 4 janvier, pour lesquels une équipe de télévision allemande avait été admise, il n’y aura cette fois aucune caméra ni aucun photographe autres que ceux du Kremlin, a révélé le quotidien «Izvestia».
Et aux antipodes de la politique de transparence qui avait prévalu lors de cette opération, plus aucun détail n’est fourni. Le porte-parole du Kremlin Sergueï Iastrjembski rappelle qu’il n’est pas médecin à chaque fois qu’une précision médicale lui est demandée.
L’esprit et
la matière
Longtemps compatissante à l’égard des ennuis de santé de son président, la presse russe ne cache plus son scepticisme.
«On observe une lutte de l’esprit et de la matière», ironise mercredi la «Komsomolskaïa Pravda». «Boris Eltsine essaie de montrer au monde sa capacité à gouverner, mais en même temps, l’annulation d’importantes rencontres fait parler de plus en plus ouvertement de crise du pouvoir», ajoute le quotidien populaire.
Et pour la première fois, certains interlocuteurs de Moscou se demandent ouvertement s’il s’agit toujours d’un mauvais cap à passer, ou si le président russe pourrait ne jamais retrouver ses capacités.
«Si Boris Eltsine est incapable de gouverner, il doit transmettre le pouvoir au premier ministre (Viktor Tchernomyrdine), comme le prévoit la constitution, avant l’organisation d’une nouvelle élection» présidentielle, a déclaré le président géorgien Edouard Chevardnadze.
Un autre voisin, le président ukrainien Léonid Koutchma, a également souligné qu’un rétablissement de Boris Eltsine représentait la «première condition» d’un règlement des conflits entre les deux pays slaves, dont le partage de la Flotte de la mer Noire.
Les partenaires stratégiques de la Russie, à commencer par les Etats-Unis, ont, à ce stade, systématiquement donné publiquement du crédit aux explications du Kremlin.
Le président américain Bill Clinton avait réaffirmé mardi n’avoir «aucune raison de croire que l’état de santé de Boris Eltsine était différent» de celui décrit officiellement.
Le sommet
russo-américain
pourrait être reporté
Mais la Maison-Blanche a dû admettre que le sommet russo-américain prévu en mars sur le sol américain pourrait être à son tour reporté.
«Clairement, (M. Eltsine) ne se remet pas aussi vite qu’on pourrait le souhaiter», a déclaré un haut responsable américain cité sous couvert de l’anonymat par le quotidien «The Washington Post».
Or, la Russie et les Etats occidentaux n’ont plus que quelques mois pour trouver une solution à leur différend sur l’élargissement de l’OTAN en Europe de l’est, d’ici le sommet de l’Alliance convoqué à ce propos en juillet.
«Il est très important que M. Eltsine participe aux négociations, a souligné le porte-parole du département d’Etat Nicholas Burns. Et nous nous attendons à ce qu’il le fasse».


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