Il semble la meilleure chance de stabilisation pour la Tchétchénie.
«C’est un vrai chef militaire, un homme extrêmement courageux qui a su créer une armée mobile très efficace» capable de faire le poids contre le «rouleau compresseur» russe, dit de lui Elias Akhmadov, son ancien assistant passé ensuite dans l’équipe de son principal concurrent Chamil Bassaïev.
Maskhadov, 45 ans, les cheveux poivre et sel, fut, pendant toute la guerre, le chef d’état-major des forces séparatistes. Il organisa les plans de multiples batailles, et notamment celui de la reconquête de Grozny en août 1996 qui força Moscou à accepter les accords de paix et le retrait de ses troupes.
Ceux qui l’ont côtoyé ont constaté ses nerfs d’acier — dans les situations les plus extrêmes, Maskhadov semble toujours calme —, sa finesse et une intelligence reconnue de tous.
Son prestige et son autorité sont renforcés par une réputation d’intégrité au milieu de responsables indépendantistes à qui l’on prête parfois des motivations intéressées. C’est sur cette intégrité que comptent les électeurs pour mettre fin à la criminalité et la corruption qui déchirent le pays depuis bien avant la guerre.
Une main de fer
Ses adversaires, en particulier les combattants les plus farouches, lui reprochent son penchant pour la conciliation, craignant qu’il ne soit trop «tendre» pour la Tchétchénie qui a besoin d’une «main de fer pour imposer un retour à l’ordre». Ceux-là estiment qu’il n’aurait pas dû signer une paix qui ne proclame pas explicitement l’indépendance de la Tchétchénie.
«Il voulait arrêter la guerre à tout prix. Mais la paix qu’il a conclue peut être rompue en quelques secondes. Et aujourd’hui, avoir une position floue, ambiguë, est extrêmement dangereux», dit M. Akhmadov.
Aslan Maskhadov est un officier: il a fait ses études à l’Académie d’artillerie de Léningrad de 1978 à 1981, servit en Hongrie, puis paradoxe de l’histoire, se retrouva colonel dans le meilleur régiment d’artillerie soviétique et lança l’assaut contre les indépendantistes lituaniens en 1991.
Rentré en Tchétchénie en décembre 1992 pour aider à la formation d’une armée dans la république autoproclamée indépendante depuis la fin 1991, il est fait général. Son autorité incontestée lui a permis de se faire obéir pendant deux ans de tous les chefs de guerre séparatistes.

