La scène, racontée par le journaliste américain Richard Schickel dans son livre «Clint Eastwood», se passe pendant le tournage d’un épisode de «Rawhide», la série télé qui a sorti le grand Clint de l’anonymat au début des années soixante.
Un jour qu’il s’est blessé à la cheville en tombant de cheval, il demande à un assistant metteur en scène de disposer une chaise à l’écart du tournage pour qu’il puisse y reposer sa jambe entre deux prises. Vient une pause. Clint Eastwood cherche la chaise qu’il avait demandée et ne la trouve pas. Il apostrophe l’assistant. «Tu croyais que je plaisantais au sujet de la chaise?» L’autre l’envoie promener d’un geste négligent de la main, lui agitant son cigare sous le nez. Sans un mot de plus, Eastwood l’envoie au tapis. Le cigare était sans doute de trop.
Interrogé sur les origines de cette rage sourde qui habite ses personnages de cow-boys ou de flics solitaires et violents, Clint Eastwood cite ses années d’apprentissage, quand il se faisait claquer la porte au nez par des producteurs indifférents... et amateurs de gros cigares. Quelques années plus tôt, alors qu’il fait son service militaire, il est pris à partir dans un bar par une bande de marins en virée. Agressé gratuitement par l’un d’eux, il réplique avec une incroyable férocité, et il faut appeler une ambulance pour évacuer son adversaire inconscient.
Versant noir
«Cette rage, à la fois le noyau de sa personnalité et le cœur de son talent, l’intrigue et parfois même lui fait peur, comme elle ferait peur à n’importe qui», écrit son biographe. Ce «versant noir» de sa personnalité est cependant le matériau de prédilection de l’acteur, qu’il infuse à doses de plus en plus puissantes dans la composition de ses personnages, quitte à déranger. Délibérément. Car «Eastwood est fondamentalement un subversif», écrit Schickel.
Avec la sécurité et l’autorité que lui confère son statut de superstar et de metteur en scène respecté, Clint Eastwood n’a plus, depuis longtemps, besoin de jouer du muscle pour se faire entendre. Réputé pour sa tolérance et sa patience avec les acteurs, il ne fait cependant pas bon se laisser aller devant lui à un caprice de star. Kevin Costner en a fait l’expérience pendant le tournage d’«Un monde parfait» (1993), lors d’une scène avec un acteur non professionnel. Ce dernier, qui joue le rôle d’un agriculteur, perché sur son tracteur, bafouille sa réplique, obligeant Eastwood à tourner plusieurs fois la scène.
Exaspérée, la vedette de «Danse avec les loups» quitte le plateau. Eastwood appelle alors la doublure de Costner et refait la prise en filmant cette dernière de dos. Lorsque l’acteur réapparaît, il s’entend répondre sèchement: «C’est déjà dans la boîte.» «Quoi? Comment? Vous n’avez pas le droit!» s’insurge Kevin Costner. «Ah, non...? réplique froidement Eastwood. Je te préviens tout de suite: encore un coup comme ça et je tourne tout le film avec ta doublure!»
Kevin Costner ravale sa fierté et reprend sa place. Le patron, c’est Eastwood et, dorénavant, Costner se le tiendra sagement pour dit.
Conquêtes
féminines
Avec les femmes, aussi, la patience de Clint a des limites. Pendant les vacances de Noël 1989, il emmène en villégiature à Sun Valley ses enfants, quelques amis et Sondra Locke, sa compagne depuis treize ans. Leur relation bat de l’aile, mais Eastwood ne se résoud pas à rompre.
Un soir, une dispute éclate entre Locke et une amie de la star au sujet des infidélités (avérées) d’Eastwood. «Ça suffit! Foutez le camp toutes les deux, explose-t-il. Laissez-moi passer des vacances tranquilles avec mes enfants!».
Sondra Locke passe la nuit du jour de l’An dans le hall du minuscule aéroport de Sun Valley, à attendre le premier avion pour Los Angeles. Plus tard, ayant appris que sa compagne consulte des avocats pour savoir ce qu’elle pourrait obtenir en cas de séparation, Clint Eastwood la convoque et la somme de lui rendre les clés de la maison qu’ils partagent depuis des années à Bel-Air. S’ensuit une douloureuse bataille judiciaire et une campagne de presse qui affectera profondément Eastwood.
Pour la première fois sont exposés publiquement son goût pour les conquêtes féminines et ses multiples infidélités du temps de son premier mariage avec Maggie Johnson (en dehors de ses nombreuses aventures sur les tournages, il a aussi eu trois enfants hors mariage, avec deux de ses maîtresses).
«C’était devenu une drogue, comme une cigarette de plus...», confie-t-il à son biographe.
A soixante-six ans, Clint Eastwood assure s’être calmé. «Je ne suis plus celui que j’étais», dit-il. Ce qui ne l’a pas empêché d’épouser, en avril, Dina Ruiz, une journaliste de trente ans.


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