Quarante jours après le début de leur séquestration, les otages, au nombre de 72 après la libération de l’un d’eux dans la nuit de samedi à dimanche, «tuent» le temps comme ils le peuvent et se sont organisés au sein d’une «microsociété», où prédominent l’amitié, la solidarité et l’incertitude, selon un représentant de la Croix-Rouge internationale.
«Les otages s’adaptent peu à peu à la situation. Ils n’ont pas d’autre option et l’important c’est qu’ils aient quelque chose à faire», a déclaré ce responsable du CICR, Steven Anderson, cité par le quotidien de Lima «El Comercio».
«Nous faisons tout notre possible pour que les otages tiennent bon et pour éviter qu’ils ne s’ennuient. Nous essayons de les tranquilliser, de leur faire comprendre qu’ils doivent être patients, qu’ils ne doivent pas désespérer», souligne M. Anderson, évoquant le travail des bénévoles du CICR, qui s’occupent tout autant des problèmes d’intendance que de l’assistance humanitaire et psychologique, sous l’œil vigilant de leurs geôliers ou des policiers.
Pour tenter de combattre l’ennui et supporter le confinement dans lequel ils sont plongés, les otages retenus par une quinzaine de membres du mouvement révolutionnaire Tupac Amaru (MRTA) puissamment armés, se répartissent les tâches de leur vie quotidienne commune.
Leur journée commence, vers sept heures du matin, avec un petit déjeuner, composé de café, de pain et de confiture, apportés la veille par le CICR. Elle se termine tôt le soir, les otages allant se coucher vers 22h., l’électricité étant toujours coupée dans la résidence.
Elle est ponctuée de jeux, exercices physiques, lecture et activités culturelles, dont l’apprentissage de langues étrangères, certains des otages apprenant le japonais, le français et l’anglais.
«Nous envisageons, à la demande de certains otages, d’organiser des cours de langue», indique M. Anderson.
«Trivial Pursuit»
Alors que les Japonais — une dizaine d’hommes d’affaires et l’ambassadeur Morihisa Aoki — jouent de préférence au mah-jong, les Péruviens alternent les jeux de cartes, de domino, de loto ou de «Trivial Pursuit».
Quelque 200 livres, parmi lesquels des essais, des biographies, des romans, mais aussi des bandes dessinées comme «Tintin», ont été livrés depuis l’occupation de la résidence, où une quinzaine d’exemplaires d’un quotidien sportif péruvien, «El Bocon» («La grande gueule»), sont également apportés depuis le début de la semaine.
Ceux qui lisent le japonais ou l’anglais sont les plus favorisés puisqu’ils peuvent puiser dans le stock de la bibliothèque de l’ambassadeur Aoki.
Deux sortes de repas sont servis. Ceux à base de riz, de légumes et de poisson, sont plus représentatifs de la cuisine japonaise, les autres, à base de viande et de pommes de terre surtout, sont plus typiquement péruviens.
L’un des principaux soucis des médecins est qu’ils ne comportent pas trop de graisses et qu’ils ne soient pas trop riches en cholestérol.
Une occupation préférée des otages est la correspondance à leur famille, pour laquelle la Croix-Rouge doit exercer une ingrate tâche de censure, afin que le courrier ne suscite pas de conflits avec les guérilleros du MRTA ou les forces de police.
Rédigées sur un formulaire spécifique et non cachetées, les lettres ne doivent porter que sur des informations «strictement familiales». Elles sont lues par la Croix-Rouge, comme par les services de sécurité, selon M. Anderson.
L’une des tâches les plus difficiles est, ajoute-t-il, d’aider psychologiquement et moralement les personnes séquestrées.
Il y a des moments, dit-il, où l’attente se convertit en «une préoccupation aiguë», qui ne conduit pas jusqu’au désespoir mais qui se traduit par une question commune: «Quand vont-ils nous libérer?».


À Verdun, un « sommet spirituel » pour préserver l’unité nationale... et donner un coup de pouce au pouvoir