PARIS, 22 Janvier (Reuter). — Un agent double soviétique qui travaillait pour la France au début des années 1980 sous le nom de code de Farewell (Adieu, en anglais) aurait été «brûlé» par inadvertance par un diplomate français, écrit le journaliste russe Sergueï Kostine dans un livre à paraître prochainement.
Brillant analyste du KGB mais en proie à la frustration et à une vie personnelle compliquée, Vladimir Ippolitovitch Vetrov avait offert au printemps 1980 ses services à la DST, le contre-espionnage français, d’abord très méfiant à l’égard de ce qui pouvait apparaître comme une tentative de désinformation.
Vetrov s’est rapidement révélé être une aubaine sans précédent pour les services français, à qui il a livré des informations aussi abondantes que capitales sur l’ampleur de l’espionnage soviétique en Occident, ainsi que l’ont reconnu plus tard des historiens de la guerre froide.
Document hypersecret
Le socialiste François Mitterrand, élu à la présidence de la République en 1981 et regardé avec méfiance par les Etats-Unis pour avoir accepté quatre ministres communistes dans son premier gouvernement, s’en servira même pour rassurer les Américains sur ses véritables intentions, en mettant dans le secret le président Ronald Reagan lors d’un tête-à-tête en juillet 1981, à Ottawa.
La confiance entre Paris et Washington sera tout à fait rétablie par l’expulsion au printemps 1983 de 47 «diplomates» soviétiques en poste en France et accusés d’espionnage.
Mais c’est ce dernier épisode qui a indirectement coûté la vie à Vladimir Vetrov, affirme Sergueï Kostine dans son livre, «Bonjour Farewell», publié par les éditions Robert Laffont.
Face aux protestations du ministre-conseiller de l’ambassade d’URSS à Paris, Nikolaï Afanassievski, convoqué au Quai d’Orsay, François Scheer, directeur de cabinet du chef de la diplomatie française de l’époque, Claude Cheysson, montre au diplomate un document prouvant sans équivoque que les Soviétiques expulsés avaient des activités «incompatibles avec leur statut».
«Il s’agit des photocopies d’un document hypersecret», écrit Sergueï Kostine: le bilan d’activité en matière de renseignement scientifique et technique des agents soviétiques en 1979-80.
Malheureusement pour Farewell, ce document portait encore l’en-tête de la Commission militaro-industrielle (VKP) soviétique et la signature d’un haut responsable de l’Etat, ainsi que le nom de son destinataire, Youri Andropov, grand patron du KGB.
A quelques exemplaires
Selon «Le Figaro», qui a publié samedi un long compte rendu du livre, François Scheer, aujourd’hui ambassadeur de France en Allemagne, a confirmé avoir «effectivement laissé une photocopie de la première page du document dans les mains d’Afanassievski pendant 30 secondes».
«Mais si ce document avait clairement désigné Farewell, les Soviétiques auraient réagi beaucoup plus rapidement», a ajouté le diplomate cité par le quotidien. «Et moi, bien sûr, j’ignorais totalement, à l’époque, l’existence de cette taupe».
Ce document n’existant qu’à quelques exemplaires accessibles à un nombre limité de personnes, le KGB put néanmoins remonter jusqu’à Vladimir Vetrov, raconte pour sa part l’auteur du livre.
Selon ce dernier, Vetrov n’était en fait déjà plus d’aucune utilité pour la France et les Occidentaux: en février 1982, il avait tenté de tuer sa maîtresse et abattu un témoin. Condamné à 15 ans de prison, il purgeait sa peine au Goulag.
Ses activités d’agent double reconstituées par le KGB lui vaudront d’être exécuté, probablement d’une balle dans la tête, le 23 janvier 1985, selon le fac-similé de son acte de décès présumé, reproduit dans le livre.


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