M. Arafat est arrivé dans la cité d’Abraham dimanche matin, moins de quarante-huit heures après le retrait des quatre cinquièmes de la ville de l’armée israélienne qui l’occupe depuis la guerre de juin 1967.
Les célébrations avaient commencé dès samedi. Comme dans les sept autres villes de Cisjordanie évacuées par l’armée en 1995, l’entrée du chef historique du mouvement national palestinien a été fêtée par la population selon un cérémonial bien rodé.
Mais la fête risque d’être assombrie par le maintien de colons juifs au cœur de la ville et la perpétuation de l’occupation israélienne du noyau historique de Hébron comprenant la Mosquée d’Ibrahim (Abraham), lieu saint musulman et juif, appelé Caveau des patriarches par les Israéliens.
Des opposants à M. Arafat — et ils ne sont pas rares à Hébron — ne cachent pas leur colère.
«L’accord (israélo-palestinien sur Hébron) est une trahison et Arafat est le plus grand traître», s’insurge Abou Samir, 46 ans.
«Arafat a justifié la présence des juifs à Hébron, il a permis aux occupants de rester dans la Mosquée d’Ibrahim. Dieu les punira tous!», s’exclame-t-il.
Un bastion islamiste
La ville de 120.000 habitants, connue pour être conservatrice, est un bastion des islamistes opposés aux accords d’autonomie, dont les groupes armés ont pu bénéficier d’un soutien au sein de la population.
«Arafat ne parviendra pas à imposer sa volonté aux gens de Hébron, qui ont la réputation d’être des tenaces. A mon avis, 50 pc sont pour lui et 50 pc le détestent», estime Khalil Abou Zafr (26 ans) qui habite la vieille ville.
Mais selon lui, «Arafat est très malin» et devrait dompter ses adversaires par un recours habile à «la politique de la carotte et du bâton».
Le président Arafat devra en outre tenir compte de l’influence des clans familiaux, qui est particulièrement sensible à Hébron. Mais dans ce domaine, le chef de l’Autorité palestinienne a déjà montré de très grandes capacités manœuvrières.
Etant donné le caractère explosif de la situation à Hébron, les autorités palestiniennes font tout leur possible pour éviter des attaques de Palestiniens contre des colons ou des militaires israéliens.
Le maire de la ville, M. Moustapha Natché, a annoncé que la sécurité palestinienne «ne permettra à quiconque de perpétrer» de telles attaques.
«Tout un chacun doit respecter la loi, qu’il soit partisan de l’Autorité ou opposant», a mis en garde, lors d’un meeting samedi à Hébron, le colonel Jibril Rajoub, le responsable de la sécurité dans la région dont il est lui-même originaire.
Mais par la même occasion il a exhorté les colons juifs à partir. «Ces quatre cents colons sont des pierres sur nos poitrines. Je leur dis sans ambages: votre place n’est pas ici», a-t-il proclamé.


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